France

Protéger les rivières tout en consolidant des parcours professionnels

Au fil de l’eau, une initiative locale transforme une pollution visible en levier d’action sociale. Née sur les rives du Lez, un cours d’eau proche de la ville de Montpellier, dans le sud de la France, l’association Sentinelles de Rivières mobilise des passionnés de kayak pour nettoyer les berges, tout en accompagnant des personnes éloignées de l’emploi. Entre ramassage des déchets, formation et insertion, le projet conjugue protection des milieux aquatiques et reconstruction de parcours professionnels, dans une logique durable et collective.

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Protéger les rivières tout en consolidant des parcours professionnels
22-med – avril 2026
• À Montpellier, Sentinelles de Rivières nettoie le Lez tout en accompagnant vers l’emploi des personnes éloignées du marché du travail.
• L’initiative locale combine dépollution des berges, formation pratique, modèle coopératif et réinsertion durable.
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Tout est parti de sorties en canoë-kayak sur le Lez. Marie-Hélène Cocq s’adonnait à son plaisir de pagayer avec d’autres kayakistes. « Nos rames touchaient systématiquement des déchets ». Pas facile de naviguer ainsi, mais surtout pas terrible de constater l’ampleur de la pollution des eaux. « Pour profiter pleinement de cette activité nautique, il faut que les plans d’eau soient entretenus et l’environnement préservé. Ça questionne sur le civisme des gens. Pourquoi jeter ses rebuts dans la nature alors qu’il y a des poubelles ? ».

Le groupe de kayakistes a alors organisé des événements pour sensibiliser le grand public. Surtout, sous la houlette du Comité régional de canoë-kayak d’Occitanie, Marie-Hélène et ses amis ont encadré des opérations de nettoyage du Lez et de ses berges avec le concours de personnes condamnées à des travaux d’intérêt général. « Nous avons pu monter une équipe que l’on a accompagnée durant plusieurs jours d’affilé. Cela s’est avéré plus efficace que les ramassages ponctuels ».

Par ailleurs, ceux qui s’étaient retroussé les manches pour traquer les déchets ont été félicités par les promeneurs, témoins de leur investissement. « Ce travail que l’on considère à tort comme dégradant, puisqu’il traite de déchets, s’est révélé valorisant pour ceux qui l’ont accompli. Certains étaient désociabilisés, loin de l’emploi. Pour eux, cette expérience a été plus que gratifiante ».

Nettoyer les rivières tout en construisant un projet d’insertion durable

En plus de rendre les eaux propres à force de nettoyages réguliers, nombreux sont ceux qui ont pu reprendre confiance et se sentir utiles. « Partant de là, on s’est dit qu’il fallait davantage que de simples opérations pour faire avancer les choses. Que nous pourrions proposer des prestations de nettoyage plus régulières, combinées avec l’insertion et la rémunération de personnes éloignées de l’emploi », poursuit Marie-Hélène Cocq.

Pour rendre ce projet pérenne, le temps, les financements et les soutiens manquaient, mais le hasard a bien fait les choses. « Fin 2019, quand le Département de l’Hérault et la Région Occitanie ont lancé leurs Budgets participatifs* respectifs, je me suis retrouvée à la retraite. J’avais tout le loisir de monter des dossiers pour présenter notre candidature ».

L’association Sentinelles de Rivières voit le jour en mars 2020 pour pouvoir concourir aux financements citoyens, avec l’objectif clairement affiché de participer à l’insertion de personnes éloignées de l’emploi, ou en travail d’intérêt général. Le tout en proposant des formations et des expériences dans l’entretien des rivières, la renaturation des berges, la valorisation des déchets récoltés, la sensibilisation du grand public.

Une coopérative pour structurer et embaucher

Le projet a été plébiscité à la fois par les votes citoyens des Budgets participatifs de l’Hérault et de l’Occitanie. Cela a permis à Sentinelles de Rivières d’investir dans du matériel et de mieux s’organiser. Puis d’adopter en 2024 le statut de SCIC – société coopérative d’intérêt collectif.« On ne se partage pas les dividendes mais on les réinvestit et on embauche », explique Marie-Hélène Cocq. La SCIC comprend les membres cofondateurs de la structure d’origine, ainsi que des associations comme les Ecologistes de l’Euzière ou encore des experts comme le paysagiste en renaturation des berges Geco Ingénierie. Chacun apporte ses connaissances et ses compétences pour faire avancer les desseins du collectif.

Sentinelles de Rivières avait démarré ses actions en amont. « En 2021, on a pu candidater à un appel d’offres de marché public de la Métropole de Montpellier qui demandait un entretien méticuleux d’une partie du Lez et de ses berges ». En 2023, l’association a remporté un second appel d’offres relatif au nettoyage des parcs traversés par des ruisseaux, affluents du Lez. « Ce sont de petits cours d’eau avec peu de débit, mais beaucoup de déchets », indique la kayakiste.

Un accompagnement sur mesure au cœur du travail de terrain

Actuellement, Sentinelles de Rivières prend sous son aile et rémunère quatre personnes en insertion : deux éloignées de l’emploi et deux réfugiés. « On peut les former aux espaces verts étant donné que notre encadrant technique en est un expert. Elles apprennent aussi les spécificités du nettoyage des rivières grâce à Geco Ingénierie ». Et quelques rudiments de canoë même si la pirogue est pilotée à deux, dont un kayakiste plus confirmé.

Les journées sont bien rodées. Le matin, l’équipe se rend sur certaines parties du Lez, en kayak ou à pied selon la nécessité. Elle effectue le nettoyage des lieux et le ramassage des déchets, le débroussaillage, le petit élagage, ainsi que l’arrachage des espèces invasives. L’après-midi est consacré au petit bricolage et au soutien individuel. Cela va des cours de français à l’appropriation des outils numériques, en passant par la préparation du code pour le permis de conduire.

« C’est selon les besoins de chacun. On essaie d’aider les personnes que nous encadrons à trouver un emploi pérenne, car nos contrats ne sont pas à durée indéterminée », explique Marie-Hélène Cocq. Chaque personne gagne en confiance et en autonomie. « On les voit progressivement se resocialiser, apprendre à respecter les consignes dont celle d’arriver à l’heure, de mettre des gants pour se protéger… Les plus anciens encadrent même les nouveaux. Ça leur donne de la responsabilité, de la légitimité ».

Dans le Lez, les déchets ne disparaissent jamais vraiment

Les équipes constituées ramassent les déchets jetés par terre, stockés dans l’eau, dans les fossés… Ainsi que ce qui a été balancé dans les cuvettes des toilettes : lingettes, cotons-tiges, protège-slips, tampons, préservatifs, blocs désodorisants… Une grande majorité de ces rebuts ne sont pas biodégradables. Mais surtout, n’ont pas à se retrouver dans la nature.

« Quand il pleut beaucoup, ça finit par déborder en amont du traitement des stations d’épuration et ça stagne dans les fossés », remarque Marie-Hélène qui déplore que les bouches d’égout et les WC servent de poubelles. « Ça finit toujours par revenir à la surface. Ça ne peut pas disparaître par magie, même quand on tire la chasse ». Toutes les semaines, trois remorques embarquent ainsi 10m3 de déchets récoltés dans et aux abords du Lez et de ses affluents. On peut y trouver des carcasses de trottinettes, de vélos, des chariots de supermarché, des pneus… « Quand on jette dans une rivière, on pense que ça descendra plus bas pour disparaître. Or, ce n’est pas le cas ».

Les berges du Lez sont de moins en moins souillées car Sentinelles de Rivières a réussi à les débarrasser des déchets les plus anciens. « On voit la différence. Mais malheureusement, bien que les plus jeunes soient très sensibilisés dans les écoles et comprennent les enjeux, d’autres vont continuer à jeter par terre. Même quand il y a une poubelle à proximité. Cela perdurera tant qu’ils ne seront pas pleinement conscients de ce que cela entraîne de négatif pour la planète et leur santé ».

* dispositif grâce auquel des citoyens peuvent décider de l’affectation d’une partie du budget de leur collectivité territoriale

Les équipes constituées ramassent les déchets jetés par terre, stockés dans l’eau, dans les fossés © SDR

Photo de Une : Sentinelles de Rivières nettoie le Lez © SDR