Algérie

Lieux saints partagés : « Madame l’Afrique », une basilique ouverte à tous les croyants

Perchée sur les hauteurs d’Alger, face à la Méditerranée, NotreDame d’Afrique veille sur Alger depuis plus d’un siècle. Surnommée « Madame l’Afrique » et « Lalla Meryem » par les Algérois, cette basilique n’a jamais été un lieu réservé aux seuls chrétiens. Ici, musulmans et catholiques cohabitent en silence, allument un cierge, formulent une prière ou viennent simplement s’asseoir. Un espace où le sacré devient affaire de quartier, de voisinage et de cœur.

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Lieux saints partagés : « Madame l’Afrique », une basilique ouverte à tous les croyants
22-med – avril 2026
• À Alger, Notre-Dame d’Afrique reste un lieu de recueillement partagé, fréquenté par des musulmanes et des musulmans autant que par des chrétiens.
• Entre dévotion à Marie, voisinage et dialogue interreligieux, la basilique incarne une pratique du sacré ancrée dans la vie quotidienne algérienne.
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Lundi 13 avril 2026, le pape Léon XIV arrive à Alger sous une pluie battante. Après les rencontres protocolaires avec le président Abdelmadjid Tebboune, il se rend à la Grande mosquée d’Alger où l’accueille le recteur Mohamed Mamoun Al Qasimi. Les deux religieux s’avancent vers le monumental mihrab. Pendant de longues minutes, ils restent debout, silencieux, face à la niche architecturale orientée vers la Mecque. Un moment de recueillement qui fera le tour de la terre.

Le Pape vivra en fin de journée un second moment de communion avec les Algériens, chrétiens et musulmans. En entrant dans la basilique de Notre Dame d’Afrique, il est accueilli par des zagharits, ces youyous que les femmes lancent lors des événements heureux. Cet édifice religieux est depuis plus d’un siècle un lieu de partage pour les deux communautés. Construite en 1872 dans le style romano-byzantin, la basilique est située au cœur de Zghara, quartier populaire qui surplombe la mer.

Nadir, la quarantaine, habite et a grandi à deux pas de ce lieu de culte. Il a joué sur son immense esplanade sous le regard des «Sœurs blanches ». « Je n’ai jamais vu Notre-Dame d’Afrique comme un lieu de culte, c’est un espace qui fait partie de mon quartier. Quand j’étais petit, il m’arrivait d’y rentrer avec une dame, une amie de la famille, pour allumer un cierge », explique-t-il. Selon lui, les religieux qui habitent autour de la basilique ont toujours entretenu de bons rapports avec les habitants. Les religieux ont souvent aidé les jeunes du quartier en organisant des activités culturelles, du soutien scolaire. « Certaines personnes ont même bénéficié d’aides financières, ajoute-t-il. Durant la période du terrorisme, nous ne les voyons plus à cause de l’insécurité. Mais dès le début des années 2000, la basilique a commencé à reprendre vie ».

« Une prière profondément humaine » 

« Notre Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans ». Cette phrase inscrite en français, en arabe et en berbère sur le mur de l’abside derrière l’autel résume à elle seule la caractère rassembleur de la basilique. « Neuf personnes sur dix qui fréquentent Notre-Dame d’Afrique sont de confession musulmane. Elles rentrent musulmanes, elles en sortent musulmanes. Ces Algériennes et ces Algériens ouvrent leurs cœurs, viennent pour une prière qui n’est ni spécifiquement musulmane, ni chrétienne mais profondément humaine », relève Jean-Paul Vesco, l’archevêque d’Alger. Lui-même reconnaît adorer prier dans les mosquées. « Je suis toujours très touché quand je vois des personnes toutes différentes, qu’elles soient jeunes ou vieilles, qui entrent à Notre Dame d’Afrique et sont simplement prises par le silence ».

Cependant, il indique que cette notion de partage n’est pas spécifique à Notre Dame d’Afrique, « c’est également vrai pour la chapelle de Santa Cruz à Oran et les autres lieux de culte chrétien en Algérie. Je me souviens d’une dame à Oran qui était venue allumer une petite bougie au pied de la statue de la vierge. Je lui ai demandé pourquoi elle faisait cela. Elle m’a répondu : Je n’arrivais pas à avoir d’enfant. Je suis venue ici, j’ai prié Myriam, j’ai allumé une bougie. Ensuite, je suis montée plus haut, au marabout de Sidi Abdelkader, j’ai prié et j’ai aussi allumé une bougie. Puis j’ai eu un enfant. Alors je ne sais pas à qui je le dois. Du coup, je viens remercier les deux. En réalité il n’y a qu’un seul et même Dieu. Une seule foi. »

Lalla Meryem

L’attrait des musulmanes et des musulmans pour les lieux de cultes chrétiens semble être lié à la vierge Marie. Lalla Meryem – autre nom donné par les Algérois à Notre Dame d’Afrique – est un personnage important dans l’Islam. C’est la personnalité féminine la plus citée dans le Coran, soit 34 fois.

« Effectivement, Marie est plus citée dans le Coran que dans l’Évangile, où elle est très peu présente. En fait, je crois surtout que cet intérêt pour Marie, est liée au fait que ce soit une femme, une mère. Ce n’est pas forcément la Marie de l’Évangile, ni la Meriem du Coran. Elle est là, protectrice. Je crois que c’est surtout cette figure-là que les gens cherchent », souligne l’archevêque d’Alger.

Chaque printemps, la basilique Notre Dame d’Afrique accueille la Journée Mariale Islamo-chrétienne (JMIC). Créé en 2016, cet événement permet de rassembler les représentants des deux communautés autour de Meryem pour débattre de sujets liés à la promotion d’une culture de dialogue et de tolérance en Algérie. La journée se termine par un traditionnel « couscous marial » que les participants dégustent face à la méditerranée.

Le pape Léon XIV avec Jean-Paul Vesco, archevèque d’Alger, dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, le 13 avril 2026
© Billel Bnesalem/APP

Photo de Une : la basilique Notre-Dame d’Afrique a Alger© Billel Bensalem / APP)