Longtemps, apprendre a consisté à écouter, mémoriser puis restituer des connaissances. Sans renoncer à ces fondamentaux, de plus en plus d’enseignants et d’établissements misent aujourd’hui sur l’expérience pour former leurs élèves et leurs étudiants. Robotique, projets solidaires, engagement associatif… autant de situations où l’on apprend en faisant. De l’enfance à l’université, cette pédagogie du concret complète progressivement les enseignements plus traditionnels.
Durant les mois de juillet et d’août, 22-med propose à ses lecteurs une série de synthèses thématiques. L’objectif est d’explorer un même enjeu à travers des expériences, des initiatives et des regards complémentaires menés des deux côtés de la Méditerranée. Cet article est une synthèse de trois reportages publiés par 22-med, à retrouver dans les 11 langues du média.
Dans un camp de réfugiés, les enfants apprennent à coder, Monjed Jadou – Palestine
Apprendre la générosité grâce à l’école, Audrey Savournin – France
À Aix-Marseille Université, l’engagement est une formation diplômante, Audrey Savournin – France
L’éducation ne se limite plus à préparer un examen ou un diplôme. Elle devient un espace où l’on apprend à résoudre des problèmes, à coopérer, à imaginer des solutions et à s’engager pour une cause. Du primaire à l’université, une même idée prend forme, apprendre ne consiste plus seulement à acquérir des connaissances. C’est aussi découvrir que l’on peut agir, d’abord pour soi, puis avec les autres, avant de mettre cette expérience au service de la société.
Donner des prises sur l’avenir
Dans le camp de réfugiés de Dheisheh, près de Bethléem, les élèves des écoles de l’UNRWA suivent un enseignement classique. Les nouvelles technologies, la robotique ou l’intelligence artificielle n’y trouvent pratiquement pas leur place. Ce manque a conduit des habitants du camp à créer l’Académie Rails, une structure communautaire où les enfants de 5 à 19 ans découvrent le codage, les robots et les technologies numériques.
L’initiative est née d’un constat simple. Les jeunes sont attirés par les nouvelles technologies, mais les formations existantes sont hors de portée financière pour la plupart des familles. Des pères de famille, des bénévoles et des militants locaux décident alors de construire eux-mêmes cette académie. Aujourd’hui, une centaine d’enfants y sont inscrits, tandis qu’autant attendent une place faute de moyens suffisants.
Au-delà de l’apprentissage technique, le projet transforme la manière dont les enfants envisagent leur avenir. Ils ne manipulent plus seulement des outils numériques : ils construisent des robots, programment leurs propres projets, participent à des compétitions internationales et découvrent qu’ils peuvent produire des innovations plutôt que les consommer. Pour les responsables de l’académie, l’objectif est précisément là : permettre aux jeunes Palestiniens de prendre leur place dans un monde technologique dont ils sont souvent exclus.
L’exemple de Mustafa, douze ans, illustre cette évolution. En quelques mois, il apprend à programmer, à concevoir des systèmes robotiques et nourrit désormais l’ambition de représenter la Palestine à l’Olympiade mondiale de robotique. Dans un camp marqué par les contraintes du quotidien, l’apprentissage devient une manière d’élargir l’horizon plutôt qu’une simple accumulation de connaissances.
Apprendre à se rendre utile
À plusieurs milliers de kilomètres de là, dans une classe de CM2 à Marseille, les élèves ne découvrent pas la programmation mais la philanthropie. Depuis 2012, l’association L’École de la générosité accompagne des enseignants du primaire afin que leurs élèves choisissent une cause, rencontrent les acteurs concernés puis construisent eux-mêmes un projet solidaire. Plus de 20 000 enfants ont déjà participé à cette démarche en France.
La méthode repose sur la pédagogie de projet. Les élèves ne reçoivent pas un cours sur la solidarité ; ils enquêtent, débattent, sélectionnent une association puis imaginent des actions concrètes adaptées à ses besoins. Chaque étape mobilise des compétences variées, depuis la recherche documentaire jusqu’à l’expression écrite, en passant par le travail collectif ou la prise de parole.
Pour les enseignants, cette approche modifie profondément la place de l’élève. Celui-ci ne reste plus dans une posture d’apprentissage passif. Il devient capable de proposer, d’organiser et d’assumer un projet dont il mesure les conséquences concrètes. L’objectif n’est pas seulement de sensibiliser à la générosité mais de montrer que chacun peut agir, même à son échelle.
Quand l’engagement devient une compétence
À Aix-Marseille Université, le parcours se prolonge. Les étudiants investis dans une association, un projet culturel, sportif, humanitaire ou environnemental peuvent faire reconnaître cette expérience dans leur cursus.
Il ne s’agit pas de récompenser un bénévolat. Les étudiants sont amenés à analyser les responsabilités qu’ils ont exercées, les difficultés rencontrées et les compétences développées. Organiser une équipe, conduire un projet, prendre une décision ou résoudre un problème deviennent des acquis aussi dignes d’intérêt que certains apprentissages académiques.

Photo de Une : fondée par un groupe de jeunes innovateurs, l’Académie Rails a ouvert la porte à une participation à des compétitions internationales.©Ahmad Jibran