Egypte

La guerre contre l’Iran affectera-t-elle la « croissance historique » du tourisme ?

La hausse du prix des billets d’avion — qui a atteint plus de 200 % — en raison de la crise du carburant et de l’augmentation du taux de change des devises étrangères figure parmi les conséquences les plus lourdes de la guerre contre l’Iran. Cette situation a entraîné un recul du tourisme en Égypte, en particulier en provenance des pays du Golfe. De nombreux vols ont été annulés en raison de la poursuite des hostilités ; selon les premiers indicateurs, le taux d’occupation des hôtels a reculé d’environ 20 % par rapport à l’an dernier.

22-med publie une série d’articles de ses correspondants dans les pays de Méditerranée orientale impactés par la guerre.

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La guerre contre l’Iran affectera-t-elle la « croissance historique » du tourisme ?
22-med – mars 2026

• La guerre autour de l’Iran commence à peser sur le tourisme en Égypte, avec des annulations de vols, une baisse des réservations et un recul de l’occupation hôtelière.
• Après une année record en 2025, le secteur tente d’anticiper une crise régionale qui pourrait freiner durablement les flux touristiques.

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Les indicateurs et statistiques des réservations touristiques vers l’Égypte au cours de la période actuelle montrent une baisse des taux d’occupation hôtelière comprise entre 20 % et 25 % par rapport à la période précédant le déclenchement de la guerre. Un afflux composé en grande partie de touristes arabes venant des pays du Golfe pour passer le mois de Ramadan et les vacances de l’Aïd el-Fitr en Egypte.

La cellule de crise mise en place par le secteur touristique pour suivre l’évolution de la situation a également révélé que les réservations en provenance des Etats-Unis et de certains pays du Golfe vers l’Egypte ont connu, au cours des dix derniers jours, de nombreuses annulations. Notamment de la part de touristes arabes qui prévoyaient de passer les vacances de l’Aïd el-Fitr au Caire. Une des raisons en est l’interruption du trafic aérien dans plusieurs de ces pays.

Augmentation plus de 200 %

L’économiste Mostafa Badra affirme que les prix des billets d’avion ont atteint des niveaux records en raison de la hausse des prix du carburant et de la crise énergétique mondiale.

« Les prix ont augmenté de plus de 200 %, ce qui constitue une hausse déraisonnable et catastrophique pour les secteurs du tourisme et du transport aérien. Cela pourrait entraîner une baisse de plus de 50 % du tourisme vers l’Égypte, en particulier celui en provenance des pays du Golfe, déjà affectés par les conséquences de la guerre actuelle contre l’Iran », considère-t-il.

Graves répercussions

En janvier dernier, l’Égypte a accueilli la visite de plusieurs célébrités, dont Will Smith © ministère du Tourisme

Badra indique qu’une hausse des indicateurs d’inflation est attendue dans la période à venir Or, cela pourrait inciter les voyageurs à reporter leurs projets de voyage et de tourisme en raison de l’augmentation excessive des billets d’avion et de la hausse du taux de change des devises étrangères. Il souligne par ailleurs que certaines compagnies aériennes du Golfe ont presque totalement suspendu leurs opérations, comme Qatar Airways, qui aurait immobilisé une partie de ses avions au Caire par crainte des répercussions de la guerre actuelle contre l’Iran.

« Après environ quinze jours de conflit, le trafic aérien des compagnies du Golfe a été perturbé à hauteur de 40 %, avec des changements d’horaires de vol sans précédent. Tout cela aura un impact négatif et potentiellement catastrophique sur le secteur touristique, qui enregistre déjà des annulations de réservations en provenance du Golfe. Les indicateurs seront encore plus visibles dans les semaines à venir », ajoute-t-il.

Voyages touristiques annulés

De son côté, Mohamed Tharwat, ancien président du comité du tourisme arabe à la Chambre des sociétés de tourisme, indique que les hôtels du Grand Caire sont les plus touchés par les répercussions de la guerre et par le contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient. La majorité des voyages touristiques annulés concernaient en effet Le Caire et Gizeh.

Il estime toutefois que le déclenchement de la guerre au mois de mars constitue en quelque sorte une chance pour le tourisme égyptien, car il s’agit traditionnellement de l’un des mois où l’afflux touristique est le plus faible.

Tharwat a ajouté que certaines excursions ont effectivement été affectées ces derniers jours, avec l’annulation d’un nombre limité de programmes touristiques. Cela en raison des craintes de certaines familles de voyager dans la période actuelle, notamment face au risque de perturbations du trafic aérien ou de modifications imprévues des vols. Quelques voyageurs ont en effet manqué leurs vols à la suite d’annulations de liaisons aériennes dans certains pays. Toutefois, ces cas restent très limités et n’ont pas encore atteint un niveau impactant significativement le tourisme vers l’Égypte.

Réservations futures

Le spécialiste du tourisme Hani Peter, membre de la Chambre des sociétés de tourisme, a pour sa part évoqué un ralentissement du rythme des réservations futures, ce qui pourrait affecter négativement les flux touristiques vers l’Égypte dans les prochains mois si la guerre devait se prolonger.

Il souligne un point positif majeur : plusieurs pays européens n’ont émis aucune alerte de voyage concernant l’Égypte. Au contraire, certains ministères européens des Affaires étrangères ont publié sur leurs sites officiels que l’Égypte demeure une destination touristique sûre. Les compagnies d’assurance étrangères continuent également d’offrir la couverture habituelle aux touristes se rendant en Égypte, ce qui reflète la confiance dans la stabilité de la situation à l’intérieur du pays.

En 2025, l’Égypte a accueilli près de 19 millions de touristes, soit une hausse de 21 % par rapport à 2024. Les recettes du secteur touristique ont également progressé de 56 %, atteignant près de 24 milliards de dollars (22 Md€), contre 15,3 milliards de dollars (14 Md€) en 2024.

Une action anticipative

De son côté, Magdi Sadeq, membre de la Chambre des sociétés de tourisme au sein de la Fédération générale des chambres touristiques, considère que la phase actuelle nécessite une action anticipative fondée sur une gestion professionnelle de la crise. C’est d’autant plus vrai dans un contexte marqué par des décisions et des mesures concernant les ressortissants de plusieurs pays.

La Chambre des sociétés et agences de voyages et de tourisme a ainsi publié la circulaire n° 44 de l’année 2026, obligeant les entreprises membres à signaler quotidiennement toute annulation de programmes touristiques ou tout empêchement de voyage de touristes, en coordination avec le ministère du Tourisme et des Antiquités. Cette décision complète la circulaire n° 43 de 2026, qui insistait déjà sur la nécessité de signaler les touristes empêchés de rentrer dans leur pays ou toute annulation ou modification des réservations de vols des groupes touristiques se rendant en Égypte. Les notifications doivent être effectuées quotidiennement via le site officiel du ministère afin d’assurer un suivi en temps réel et de prendre rapidement les mesures nécessaires pour garantir la régularité des flux touristiques entrants et des programmes touristiques.

Cette obligation est relayée par le ministère du Tourisme et des Antiquités dans le cadre du suivi continu de l’évolution de la situation régionale et de ses éventuelles répercussions sur le trafic aérien et les déplacements.

Cette vigilance intervient après une année record pour le tourisme égyptien, qui a connu la plus grande saison touristique de son histoire grâce à la diversification des destinations et des sites accueillant les visiteurs. Les prochains jours devraient révéler les statistiques détaillées concernant les flux de voyages et de tourisme vers l’Égypte après un mois de conflit. Cela permettra de mesurer plus clairement l’ampleur réelle de l’impact.


Le ministre du Tourisme Chérif Fathi en visite sur le site modernisé des Pyramides © ministère du Tourisme

Photo de Une : la grande statue de Ramsès II installée dans le hall monumental du Grand Egyptian Museum, près des pyramides de Gizeh © ministère du Tourisme