Continent méditerranéen

Climat : MedPAN fédère les aires marines protégées de Méditerranée

Dans une Méditerranée fragmentée politiquement, mais qui a conscience de l’urgence écologique, le réseau méditerranéen des gestionnaires d’aires marines protégées (MedPAN) joue un rôle structurant. En fédérant plus de 700 espaces marins protégés, il contribue à faire émerger une vision commune à l’échelle du bassin. Des initiatives comme la 100MPA MedAlliance traduisent cette coopération en actions concrètes pour faire face au changement climatique qui bouleverse les écosystèmes marins et côtiers. Une dynamique qui esquisse une gouvernance méditerranéenne du vivant, entre action concrète, science, politique et diplomatie.

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Climat : MedPAN fédère les aires marines protégées de Méditerranée
22-med – mai 2026
• MedPAN relie plus de 700 aires marines protégées dans 21 pays pour structurer une réponse méditerranéenne au changement climatique.
• La 100MPA MedAlliance accompagne les gestionnaires vers des aires marines protégées plus résilientes, mieux financées et mieux connectées.
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À l’échelle de la Méditerranée, la protection de la mer ne peut plus être pensée pays par pays. Les courants, les espèces et les impacts climatiques ignorent les frontières. C’est précisément sur ce constat que s’est construit MedPAN. Le réseau fédère aujourd’hui plus de 700 aires marines protégées (AMP) dans 21 pays, sur les 1 000 recensées.  « C’est un réseau d’acteurs, d’hommes et de femmes qui œuvrent au quotidien pour la protection d’un patrimoine naturel marin collectif », souligne Carole Martinez la responsable des politiques de MedPAN. « Nous relions des acteurs dispersés autour du bassin, organisons les échanges d’expérience et faisons circuler les solutions dans un espace marqué par les frontières et les tensions. ».

Une mer commune, des défis systémiques

La Méditerranée est à la fois un hotspot de biodiversité et du changement climatique. « La Méditerranée se réchauffe de 3 à 5 fois plus vite que le reste du monde », rappelle Carole Martinez. Les vagues de chaleur marine se multiplient, affectent désormais une large partie du bassin, avec des impacts déjà visibles sur les écosystèmes.

Dans ce contexte, les aires marines protégées apparaissent comme des outils essentiels. Mais faute d’une politique globale coordonnée, leur efficacité reste pour l’instant limitée à leurs périmètres. Elles couvrent 8,8 % de la surface méditerranéenne, loin de l’objectif de 30 % fixé pour 2030. Surtout, cette protection est très inégalement répartie puisque près de 97 % des efforts se concentrent sur la rive nord.

Une vision méditerranéenne qui se structure

Face à ces déséquilibres, une vision commune émerge progressivement. Elle ne repose pas uniquement sur les États, mais sur une combinaison d’accords régionaux, de cadres internationaux et de réseaux d’acteurs. « Oui, il y a bien une vision commune.

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Elle se traduit par des stratégies adoptées par les États et des cadres régionaux comme la Convention de Barcelone », explique Carole Martinez. Celle-ci a été signée en 1976 et révisée en 1995 pour intégrer plus explicitement les enjeux de développement durable et de protection des milieux  marins et côtiers en Méditerranée. La vision initiale de la convention de Barcelone se matérialise dans plusieurs outils partagés auxquels contribuent de nombreux acteurs : stratégies régionales, programmes méditerranéens, feuille de route des aires marines protégées à horizon 2030. Autant de cadres qui alignent les ambitions autour d’objectifs partagés. Dans ce dispositif, MedPAN joue un rôle central de médiation. « Nous sommes une courroie de transmission à double sens, du terrain vers les décideurs et des décideurs vers le terrain ».

Du réseau à l’action : l’ère de l’adaptation

Dans le sillage de cette structuration, de nouvelles initiatives voient le jour. La 100MPA MedAlliance en est l’une des plus emblématiques. Son objectif est d’accompagner les gestionnaires d’aires marines protégées pour intégrer concrètement l’adaptation au changement climatique dans leurs pratiques. « L’enjeu est d’apporter un soutien scientifique, technique et humain pour que les gestionnaires des aires marines protégées puissent accompagner et appuyer la résilience des écosystèmes », précise Carole Martinez.

Au-delà des outils, l’alliance repose sur une logique de communauté de pratiques et propose des formations, des échanges d’expérience et le partage de solutions. Une évolution qui marque un tournant, car les aires marines ne sont plus seulement considérées comme des espaces de protection de la faune et de la biodiversité, mais comme des leviers d’adaptation, de solution basée sur la nature. « On parle aujourd’hui d’aires marines protégées “climate smart”, capables de s’adapter aux transformations en cours ».

Construire un système méditerranéen et lui donner des moyens

L’enjeu n’est pas d’additionner des aires protégées, mais de construire un réseau cohérent et interconnecté. Car les écosystèmes marins sont interconnectés. « Sous l’effet du réchauffement climatique, des changements sont déjà visibles sur les aires de répartition des espèces, sur les interactions entre écosystèmes, les dynamiques évoluent. Il faut travailler sur les enjeux de connectivité entre écosystèmes et espèces dans la planification spatiale marine et la mise en place d’actions de conservation », insiste Carole Martinez.

Cette approche systémique suppose une coopération renforcée entre les pays, mais aussi un rééquilibrage entre les rives. L’efficacité des aires marines protégées dépend cependant d’un facteur clé : les moyens. « Il faut éviter le syndrome des parcs de papier ». Sans personnel, sans financement, sans surveillance, les AMP ne peuvent remplir leurs objectifs. Aujourd’hui, près de 84 % des gestionnaires interviewés déclarent manquer de ressources humaines. Et les besoins financiers restent largement sous-évalués. Pourtant, les bénéfices sont bien réels.

Placer l’écologie au cœur du développement économique

Au-delà de la biodiversité, les aires marines protégées jouent un rôle croissant dans le développement économique. « Des écosystèmes en bonne santé, c’est la première agence de développement pour notre région », résume Carole Martinez. Pêche, tourisme, sécurité alimentaire : la santé de la mer conditionne celle des sociétés méditerranéennes. Lorsque les AMP sont bien gérées, les écosystèmes peuvent se régénérer, les stocks de poissons se reconstituer et les activités économiques locales notamment la pêche artisanale et le tourisme en bénéficient.

Il existe toutefois un paradoxe, car la région concentre à elle seule près d’un tiers du tourisme mondial ce qui pose la question d’un développement compatible avec la préservation. MedPAN et les initiatives associées dessinent donc les contours d’une gouvernance méditerranéenne du vivant. Un système où États, scientifiques et acteurs de terrain travaillent ensemble. Une gouvernance fondée sur l’interdépendance, le partage des savoirs et la recherche de solutions communes. Face à l’urgence climatique, la Méditerranée pourrait s’afficher comme un laboratoire où, en marge des tensions géopolitiques, se construit progressivement, une réponse collective à la crise écologique.

Les aires marines protégées couvrent 8,8 % de la surface méditerranéenne

Biographie

Carole MARTINEZ, juriste en droit de l’environnement et Responsable Politique à MedPAN, cumule plus de 25 ans d’expérience dans la protection des écosystèmes marins, côtiers et insulaires. Experte auprès de la Division des Nations Unies pour les océans et le droit de la mer (DOALOS) et de la Commission mondiale des aires protégées de l’UICN, elle a travaillé aux niveaux national, européen et international, notamment pour le gouvernement français. Elle a coordonné des projets de coopération et géré des programmes dans des régions à forts enjeux de biodiversité, en Afrique, dans la Caraïbe, le Pacifique, l’océan Indien et les régions polaires. Désormais Responsable Politique au sein du réseau méditerranéen des gestionnaires d’aires marines protégées (MedPAN), elle développe des actions d’analyse et de plaidoyer pour porter la voix des acteurs de terrain auprès des décideurs, notamment au sein de l’Union pour la Méditerranée, du Secrétariat de la Convention de Barcelone, de la Commission méditerranéenne du développement durable, ainsi que des institutions européennes — Commission européenne et Parlement européen — et internationales, notamment les secrétariats des conventions sur la biodiversité (Convention sur la diversité biologique) et le climat (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques). Elle appuie également les actions de coopération de MedPAN avec d’autres régions et réseaux d’acteurs, notamment en Afrique et dans la Caraïbe.