Né à Marseille dans le sillage du Processus de Barcelone, ANIMA Investment Network maintient son ambition originelle : transformer la coopération euro-méditerranéenne en projets économiques concrets. À contre-courant d’une logique d’aide descendante, ce réseau fédère aujourd’hui agences publiques, investisseurs, entrepreneurs et experts de plus de vingt pays autour d’un objectif commun : bâtir des chaînes de valeur partagées entre Europe, Afrique et Moyen-Orient. Depuis deux décennies, ANIMA s’impose ainsi comme un discret architecte des coopérations économiques méditerranéennes, en dépit des fractures géopolitiques de la région.
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ANIMA, vingt ans de coopération méditerranéenne
22-med – mai 2026
• Né à Marseille, ANIMA transforme depuis vingt ans la coopération euro-méditerranéenne en projets économiques concrets.
• Malgré les déséquilibres entre les deux rives, le réseau défend des chaînes de valeur partagées entre Europe, Afrique et Moyen-Orient.
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En 1995, lorsque le Processus de Barcelone (1) est lancé, la feuille de route de l’Europe est claire : la Méditerranée doit devenir un espace de prospérité partagée. Très vite cependant, un frein majeur apparaît. En ce début de XXIe siècle, peu de pays du Sud disposent d’agences de promotion de l’investissement structurées. Dès lors, la vision originelle se cantonne aux échanges institutionnels et les coopérations économiques demeurent fragmentées.
À Marseille, la naissance d’un « do-tank » méditerranéen
C’est dans ce contexte qu’émerge ANIMA. Installé à Marseille dès 2002, le réseau naît d’un appel d’offres européen destiné à professionnaliser les politiques d’investissement dans les pays sud-méditerranéens. Très vite, la structure choisit de dépasser le rôle classique de centre d’expertise pour devenir un « do-tank », un laboratoire d’action capable de connecter administrations, investisseurs, entreprises et territoires.
En 2006, dix-huit partenaires issus de onze pays fondent officiellement ANIMA Investment Network sous forme d’association internationale. Le réseau revendique une gouvernance paritaire afin de conserver une capacité d’action dans une région régulièrement traversée par des crises géopolitiques.
Derrière les concepts, des projets économiques concrets
Coopération, innovation, prospérité partagée… les concepts utilisés par ANIMA peuvent sembler abstraits. Emmanuel Noutary, délégué général du réseau, insiste pourtant sur une logique très opérationnelle. « On intervient au niveau des entreprises, des cadres réglementaires et des structures intermédiaires comme les chambres de commerce ou les organisations patronales. »
Le réseau affirme avoir généré plus de 4 000 accords, partenariats ou lettres d’intention entre entreprises passées par ses programmes. « Un contrat d’entreprise, ça se construit parfois sur plusieurs années », reconnaît Emmanuel Noutary. Parmi les exemples récents figure Team Henri Fabre, technocentre basé à Marignane réunissant Airbus, EDF et plusieurs industriels. Grâce à des missions organisées par ANIMA, cette structure s’apprête à collaborer avec des partenaires égyptiens autour du recyclage de pièces d’hélicoptères.
Ce sont également du transfert de technologie et des joint ventures entre clusters textiles catalans et marocains autour de la filière de la maille. Ou encore des projets liés aux énergies renouvelables entre acteurs roumains, marocains, égyptiens et espagnols.
Structurer des écosystèmes
ANIMA ne fonctionne pas comme un fonds d’investissement. Sa logique consiste à identifier des besoins et connecter les acteurs capables de structurer un secteur.
« Ça ne crée pas forcément du business immédiatement, mais ça crée des conditions durables pour que le développement des entreprises et de l’emploi aient lieu ensuite », résume Emmanuel Noutary. L’un des exemples emblématiques reste la création des premiers réseaux de business angels au sud de la Méditerranée à partir de 2009. À l’époque, ce modèle de financement privé des start-ups est quasiment inexistant au Maroc, en Tunisie ou en Jordanie. ANIMA intervient aussi dans des filières plus traditionnelles. Ainsi, au début des années 2010, il accompagne des producteurs laitiers en Sicile, en Tunisie, au Liban, en Égypte et en Grèce afin qu’ils se structurent en cluster et récupèrent davantage de valeur face aux grands collecteurs industriels.
60 millions d’euros mobilisés… avec quels résultats ?
Le réseau revendique avoir mobilisé environ 60 millions d’euros en vingt ans à travers une quarantaine de programmes régionaux. Selon Emmanuel Noutary, « environ 80 % des budgets vont directement aux actions, c’est-à-dire aux partenaires de mise en œuvre et aux bénéficiaires finaux, et 20 % servent à la coordination, l’administration et la valorisation des projets ».
La question de l’équilibre entre les deux rives reste cependant entière. Si ANIMA revendique une coopération “d’égal à égal”, les financements demeurent majoritairement européens. « Les partenaires du Sud demandent aujourd’hui une posture beaucoup plus équilibrée dans le partenariat. Ils ont le choix de travailler avec l’Europe, mais aussi avec la Chine ou d’autres acteurs internationaux », souligne le dirigeant.
Une Méditerranée toujours déséquilibrée
Trente ans après le lancement du Processus de Barcelone, Emmanuel Noutary reconnaît que les déséquilibres restent profonds. L’intégration économique Sud-Sud demeure extrêmement faible : « Seulement 5 à 9 % des échanges des pays du Sud méditerranéen se font entre eux. » Il pointe également la dépendance persistante vis-à-vis de l’Europe : « Les pays du Sud exportent énormément vers l’Europe et consomment beaucoup européen (80% des flux). Mais la réciproque n’est pas là : les entreprises européennes continuent majoritairement à se fournir et faire travailler l’Asie plutôt que les pays sud de la Méditerranée. »
Le constat le plus sévère concerne toutefois l’objectif initial : « Ce qui est un échec, c’est l’idée de convergence économique entre les deux rives. À quelques exceptions près, les niveaux de vie ont davantage divergé que convergé. » Malgré les tensions géopolitiques, énergétiques et climatiques, ANIMA continue pourtant de défendre l’idée que la coopération économique reste l’un des derniers terrains où les deux rives acceptent encore de coopérer.
(1) Lancé en 1995, le Processus de Barcelone visait à construire un espace euro-méditerranéen de paix, de stabilité et de prospérité à travers des coopérations politiques, économiques et culturelles.


Emmanuel Noutary est délégué général d’ANIMA Investment Network depuis 2010, après avoir participé à la création du réseau au sein de Business France dès 2006. Spécialiste du développement économique euro-méditerranéen, il a supervisé plus de trente projets liés à l’investissement, l’innovation, les clusters, les PME et les diasporas. Il a notamment contribué à la création des premiers réseaux de business angels en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ancien professionnel des télécoms et d’internet, il est également auteur de plusieurs études sur le développement économique en Méditerranée et en Afrique. Diplômé de l’Université Paris-Dauphine, il est titulaire d’un Master en sciences de gestion et d’un Master en management des télécoms et des médias.
Photo de Une : Grâce à des missions organisées par ANIMA, Team Henri Fabre s’apprête à collaborer avec des partenaires égyptiens autour du recyclage de pièces d’hélicoptères ©Lorette Fabre - Airbus