En Égypte, l’artisanat entre dans une nouvelle phase. Porté par une stratégie nationale ambitieuse et la création d’un Conseil dédié, le secteur attire aussi une génération d’entrepreneurs qui repensent commercialisation, design et accès aux marchés. Irrigué par les politiques publiques, les incubateurs et les initiatives privées, un écosystème est en train de se structurer pour faire du patrimoine un véritable levier économique.
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Une stratégie nationale ambitieuse pour l’artisanat
22-med – mars 2026
• En Égypte, la création d’un Conseil national et une stratégie 2025-2030 veulent structurer un secteur qui pèse déjà des milliards et emploie plus de deux millions de personnes.
• Incubateurs, marques et nouveaux entrepreneurs bousculent un modèle centré sur la vente directe, avec l’objectif de tripler les exportations d’ici 2030.
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Du nord au sud, l'Égypte regorge d’artisanats traditionnels, qui se distinguent selon l'environnement et les ressources disponibles. Quasiment chaque gouvernorat (région administrative) possède des dizaines de produits qui constituent un élément clé de son patrimoine culturel et de son identité.
D’après le Centre d'information et d'aide à la décision du Conseil des ministres, ce secteur employait en Égypte plus de deux millions de personnes début 2024, ce qui en fait un secteur important capable d'absorber une main-d'œuvre considérable de diverses manières. Les données de la Chambre des industries artisanales indiquent que les exportations d'artisanat égyptien sont actuellement estimées à environ 250 millions de dollars (210 millions d’euros).
Ce secteur de l'économie créative a suscité un intérêt considérable ces dernières années. Il est considéré comme l'un des plus importants et à même d’accroître le revenu national d’un pays. Les Nations Unies estimaient la valeur de l'économie créative mondiale, artisanat compris, à environ 985 milliards de dollars (près de 906 milliards d’euros) en 2023.
Ces dernières années, l'Égypte a mis en œuvre plusieurs initiatives pour revitaliser ce secteur : « Hérafi » destiné à soutenir les petits artisans et fabricants de produits du patrimoine, « Ayadi Masr », l'initiative de l'Agence de développement des micros, petites et moyennes entreprises pour relancer l'artisanat traditionne, l'initiative présidentielle « Tetlaf Fi Harir » (Enveloppé de soie), « Ibdaa Men Masr » (Créativité d'Égypte), « Sanay'iya Masr » (Artisans d'Égypte), « Égypte créative » ou encore « Al-Nidaa » (L'Appel) programme de développement intégré pour la renaissance de l'artisanat traditionnel.
22.5 milliards de Livres égyptiennes par an
Le marché de l'artisanat en Égypte représente environ 22,5 milliards de livres égyptiennes (environ 400 millions d’euros) par an, dont la grande majorité (jusqu'à 85 %) est consommée localement.
Une de ses particularités réside dans les techniques traditionnelles, qui constituent une part essentielle du patrimoine culturel du pays. Leur préservation est une priorité, car elles reflètent l'identité des régions où elles sont pratiquées. Outre leur valeur patrimoniale, ces techniques sont étroitement liées au tourisme, à la culture et à l'environnement, car nombre d'entre elles sont durables et dépendent des matières premières locales. Cependant, certaines comme la poterie, la vannerie, les tapis faits main et les objets en cuivre sont confrontées à des difficultés à cause des pénuries de matières premières et de leur prix élevé. Les artisans qui perpétuent cet artisanat font preuve d'une grande persévérance face aux nombreux changements des prix des matières premières qui entraînent finalement une hausse du prix du produit.
Créer un organisme unique
Selon Mahmoud Ghazouli, artisan et propriétaire d’un magasin, l’artisanat traditionnel occupe une place prépondérante dans la société égyptienne. Certains métiers datant de l'Égypte antique perdurent et sont encore pratiqués presque de la même manière, comme la poterie et le tissage. Un grand nombre de secteurs comptent des artisans d'un talent exceptionnel, mais leur principal défi reste la commercialisation. « Malgré la valeur et la qualité de leurs produits, la plupart des artisans s'appuient sur des méthodes traditionnelles de vente, de marketing et d'achat direct. Ils n'ont généralement aucun lien avec la vente en ligne ni avec l'ouverture de nouveaux marchés, alors même que leurs produits pourraient être compétitifs. Les petits ateliers situés dans des zones touristiques pourraient connaître un grand succès si leurs produits étaient exposés à plus grande échelle » note-t-il.
Divergences de visions
« Pour relever ces défis, il y a des divergences de visions, d'orientations et d'objectifs qui affectent gravement ce secteur. Il est temps de créer un organisme unique, dédié à ce domaine et doté de plans et de stratégies claires et précises pour le développement et l'essor de ce secteur » ajoute Mahmoud Ghazouli.
Le Premier ministre égyptien, Mostafa Madbouly, a annoncé, en octobre 2025, la création du Conseil national de l'artisanat. Cette décision coïncide avec le lancement de la Stratégie nationale de l'artisanat 2025-2030, qui vise à positionner l'Égypte comme un pôle mondial de production et d'exportation d'artisanat. Cet objectif pourra être atteint en développant des chaînes de valeur compétitives, durables et innovantes, en instaurant un environnement de soutien solide et structuré garantissant des emplois décents.
La stratégie ambitionne également de porter les exportations d'artisanat à 600 millions de dollars (504 millions d’euros) d'ici 2030, de créer 120 000 nouveaux emplois tout en assurant la pérennité des emplois existants, d'accroître de 10 % par an le nombre de projets initiés par des associations gouvernementales dans le secteur et de développer 15 pôles artisanaux naturels.
Hisham El-Gazzar, membre du conseil d'administration de la Chambre des industries artisanales et consultant pour la Stratégie nationale de l'artisanat, a précisé dans ses récentes déclarations que « le secteur de l'artisanat est l'un des plus faciles à gérer et des plus rentables d'Égypte. Il ne nécessite pas de dépenses considérables, car une grande partie des artisans travaillent à domicile ou dans de petits ateliers existants. Ses perspectives sont très prometteuses s'il est exploité correctement, et c'est précisément ce qui se passe actuellement. La création du Conseil national de l'artisanat fera une réelle différence, car elle permettra d'unifier les efforts et de rassembler tous les acteurs concernés autour d'une vision commune. »
Perspectives très prometteuses
El-Gazzar a poursuivi : « La stratégie comprend 32 plans d’action visant à revitaliser le secteur de l’artisanat. Un comité est actuellement en place pour gérer le conseil et mettre en œuvre la stratégie sans délai. Plusieurs objectifs sont prévus pour la période à venir, notamment une forte présence sur les salons internationaux. Cela stimulera la demande de produits égyptiens, favorisera l’emploi des artisans et assurera un bon retour sur investissement. Cela encouragera une nouvelle génération à apprendre et à perpétuer ces savoir-faire. Un progrès significatif est attendu dans ce secteur prochainement, compte tenu de l’engagement ferme du gouvernement en faveur de son développement. »
Le marché de l’artisanat en Égypte connaît ces dernières années une forte croissance, portée par le développement d’entreprises liées au patrimoine et l’émergence de concepts entrepreneuriaux encore récents dans ce secteur. Traditionnellement fondé sur une relation directe avec l’artisan, ce modèle évolue aujourd’hui, transformant à la fois l’organisation et la nature du marché. Récemment, l'État a manifesté son intérêt pour cette question comme pour les incubateurs d'entreprises. Mais il est essentiel de se concentrer d’abord sur le développement des produits de chaque région d'Égypte séparément, car chaque gouvernorat possède ses caractéristiques propres et uniques.

Photo de Une : les artisans s'appuient sur des méthodes traditionnelles de vente © Ghazoli