Continent méditerranéen

Méditerranée ou Méditerranées ?

Guerres, exils, environnement, transformations urbaines, nouvelles solidarités… Les sociétés méditerranéennes traversent des mutations profondes. Les 24 et 25 juin à Marseille, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille (ENSA-M) réunissent chercheurs, artistes, urbanistes et citoyens pour raconter non pas LA Méditerranée, mais LES Méditerranées d’aujourd’hui. À travers les villes, les mémoires, les migrations, les conflits et le changement climatique.

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Méditerranée ou Méditerranées ?
22-med – juin 2026
• À Marseille, l’EHESS et l’ENSA-M interrogent la pluralité des expériences méditerranéennes à travers villes, mémoires, migrations et environnement.
• Chercheurs, artistes et urbanistes croisent leurs regards pour penser les défis communs des deux rives, du changement climatique aux récits de guerre.
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La Méditerranée est souvent présentée comme un espace commun. 22-med s’inscrit d’ailleurs dans ce présupposé. Or, des métropoles en pleine croissance aux territoires frappés par la guerre, des villages confrontés à la pression touristique aux quartiers façonnés par les migrations successives, les expériences méditerranéennes sont multiples.

« Un outil de réflexion plutôt qu’une évidence géographique ou culturelle »

C’est précisément cette pluralité que souhaite mettre en lumière l’EHESS à travers deux journées de rencontres organisées à l’Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT) de Marseille. Tables rondes, projections, expositions, balades urbaines et ateliers invitent à croiser les regards des sciences sociales, de l’architecture, de l’histoire, de l’anthropologie et de la création artistique. Le fil conducteur de cette édition tient en trois verbes : habiter, raconter et partager.

Pour Guillaume Calafat, historien et codirecteur de la revue Annales. Histoire, Sciences Sociales, la question essentielle de l’essence de la Méditerranée mérite d’être posée sans naïveté. Et d’y répondre : « La Méditerranée est un terme lesté par son invention en contexte colonial. C’est souvent un concept projeté depuis la rive nord vers la rive sud. Il faut être conscient de cette histoire sans abandonner pour autant le terme lui-même. » L’historien préfère voir dans la Méditerranée, non pas une évidence géographique ou culturelle, mais un outil de réflexion. « La Méditerranée, c’est plutôt un questionnaire. C’est une invitation à la curiosité. »

Habiter les territoires à l’heure des crises

Le programme accorde une place importante aux transformations des villes méditerranéennes. Comment les crises économiques, politiques ou environnementales modifient-elles les espaces urbains ? Comment les héritages architecturaux racontent-ils les histoires successives des territoires ? Ces questions traversent notamment les échanges consacrés aux héritages urbains façonnés par les contextes coloniaux et post-coloniaux, mais aussi ceux dédiés aux conséquences du changement climatique sur les villes et l’habitat. Architecte et professeure à l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille (ENSA-M), Audrey Le Henaff observe : « Les bouleversements environnementaux constituent un défi commun, mais leurs conséquences restent profondément locales. Les conséquences du changement climatique sont différentes sur les rives de la Méditerranée. On ne peut pas en parler de manière générale ». Et les exemples abondent. Entre la lagune de Nador au Maroc, la lagune de Venise ou le delta de la Camargue, les phénomènes d’érosion, de montée des eaux ou de raréfaction de la ressource en eau produisent des situations très différentes. « Les outils d’adaptation ne peuvent pas être les mêmes partout », résume l’architecte.

Même constat pour Muriel Girard, sociologue et professeure à l’ENSA-M. « Au-delà du diagnostic climatique, l’enjeu est aussi de créer des espaces de dialogue entre chercheurs et praticiens des différentes rives. Au nord, nous ne regardons peut-être pas assez ce qui se passe au sud. Pourtant, certaines expériences ou certaines architectures vernaculaires peuvent nous aider à réfléchir autrement à nos propres défis. »

Raconter les guerres, les mémoires et les exils

L’autre grand axe de la manifestation concerne les récits. De Beyrouth à Gaza, en passant par les archives des conflits contemporains, plusieurs rencontres interrogent la manière dont les sociétés méditerranéennes conservent et transmettent leurs mémoires. Les débats consacrés aux archives en temps de guerre, aux pratiques artistiques confrontées à la violence ou encore aux ouvrages abordant Gaza et les espaces de réfugiés du Levant montrent combien la question du récit est devenue centrale. Comment documenter la destruction ? Comment transmettre une mémoire collective lorsque les repères disparaissent ? Quels rôles peuvent jouer les artistes, les chercheurs ou les écrivains ?

Partager des expériences communes

Au-delà des crises, l’événement s’intéresse également à ce qui relie les diverses sociétés méditerranéennes. Le voyage des plantes alimentaires, l’histoire du café, les récits de femmes entre Alger, Tunis, Beyrouth, Le Caire et Marseille ou encore les trajectoires militantes issues des révolutions arabes de 2011… témoignent de circulations permanentes entre les rives.

Pour Pascale Barthélémy, vice-présidente de l’EHESS chargée de l’international, l’originalité de cette manifestation réside justement dans cette volonté de dépasser le cadre académique. « Ce n’est pas une rencontre de chercheurs entre eux. Les ateliers, les balades urbaines, les projections, les débats permettent de faire dialoguer la recherche et la société. » Dans un contexte méditerranéen marqué par les conflits, les tensions diplomatiques ou les difficultés croissantes de circulation entre les pays, cette mise en relation constitue en elle-même un acte politique. « L’espoir, c’est de continuer à faire se rencontrer les gens. Les mobilités ne sont pas simples aujourd’hui entre les deux rives. Pourtant ces contacts existent encore. Cela crée un véritable incubateur d’espoir. »

À travers cette programmation, l’EHESS confirme également l’ancrage croissant de la recherche en sciences sociales dans les grands débats contemporains. Changement climatique, migrations, mémoire des conflits, urbanisme ou nouvelles formes de solidarité : autant de sujets qui dépassent le cadre académique pour rejoindre les préoccupations quotidiennes des habitants du « continent méditerranéen ».

Découvrir le programme : https://www.ehess.fr/jcms/205713_JNewsArticle/fr/habiter-raconter-partager-les-mediterranees-l-ehess-dans-la-saison-mediterranee-2026. Entrée libre, inscription obligatoire

En savoir plus sur l’EHESS : www.ehess.fr/