À Kozani, dans le nord de la Grèce, la crise climatique se lit aussi dans les champs de safran. Dans un entretien avec Vassilis Mitsopoulos, président du Syndicat coopératif des safraniers, se dessine le quotidien d’une filière fragilisée. Entre dérèglement des pluies, chute des rendements et découragement des producteurs, il raconte de l’intérieur ce que vivre et défendre aujourd’hui le safran signifie. Et alerte sur un patrimoine agricole désormais menacé.
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Safran de Kozani, une culture dans la tourmente
22-med – janvier 2026
• À Kozani, la crise climatique dérègle les pluies, fragilise le cycle du safran et fait chuter les rendements, jusqu’à décourager les producteurs.
• La coopérative maintient des prix stables, mais l’avenir dépend d’un soutien rapide aux nouvelles plantations, alors que la région se dépeuple et que la filière manque de production.
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Pour le quarantenaire Vassilis Mitsopoulos, le safran de Kozani, connu également sous le nom de safran grec, n'est pas simplement un produit agricole, mais une partie de sa vie. Depuis qu'il est enfant, il a vécu dans ces champs, aidant ses parents à la récolte, jusqu'à ce qu'il prenne lui-même cette voie.
Pourtant, ces dernières années, les phénomènes météorologiques extrêmes liés à la crise climatique ont créé une multitude de problèmes pour les safraniers. « Bien que les précipitations annuelles soient à des niveaux similaires à ceux d'autrefois, leur répartition a changé de manière drastique. Il pleut moins souvent et, quand cela arrive, les quantités d'eau sont très importantes », souligne-t-il. Cela affecte directement le cycle de la plante, car le safran est une culture de sec et dépend exclusivement de la météo. « Au printemps, lorsqu'il ne pleut pas pendant deux ou trois mois, les plantes sont stressées, car il n’y a pas de système d'irrigation ».
Les autres saisons amènent aussi leurs lots de problèmes. « L’hiver, lorsque la neige n'est pas présente pour couvrir les plantes, mais que des gelées sévères s'installent, le safran reste exposé et est affecté », commente le spécialiste. Et l’été, les températures de plus en plus élevées à Kozani envoient de faux signaux aux plantes, ce qui perturbe aussi leur cycle normal et réduit la floraison.
Le nombre de producteurs diminue
Conséquence, de plus en plus de safraniers abandonnent leur activité. « Depuis 2022, une année avec des températures estivale très élevées même ici dans le nord de la Grèce, certains se sont découragés. Un producteur avec cinq hectares de safran récoltait auparavant trois à quatre kilos. Aujourd'hui il peut se retrouver avec moins d'un kilo », regrette le président du Syndicat coopératif des safraniers. « Et quel jeune investirait aujourd'hui dans le secteur primaire ? C'est désormais une activité très risquée et cela ne concerne pas seulement le safran, mais de nombreuses cultures », questionne Vassilis Mitsopoulos.
Les coûts sont constants, « donc l'argent que nous gagnons couvre à peine les dépenses et, dans certains cas, même pas cela ». Malgré tout, le principal avantage de la culture du safran repose sur l'existence du Syndicat Coopératif des Safraniers de Kozani, qui garantit des prix de vente stables. « Les prix ne changent pas d'une année à l'autre », insiste-t-il.

Le problème réside aussi dans la production elle-même. « Nous parlons d'une culture traditionnelle avec des intrants très faibles, voire nuls. Nous n'utilisons ni pesticides ni engrais, mais la filière repose presque exclusivement sur le travail manuel, pour l'installation, la récolte, ainsi que le tri et le nettoyage du safran. Lorsque la production n’assure un revenu satisfaisant - et pour la plupart, c'était complémentaire - de nombreux producteurs sont amenés à abandonner ».
Le cadre fiscal joue également un rôle déterminant. Après les mémorandums de 2011, même un petit revenu agricole annuel de 4 000 à 5 000 euros est devenu imposable. Or la plupart des producteurs de safran ne sont pas des agriculteurs professionnels. C’est pour eux un revenu complémentaire, une spécificité qui se rencontre presque exclusivement dans la région de Kozani. « Jusqu'à récemment, il y avait un seuil d'exonération fiscale à 12 000 euros. Et même si ce seuil a été maintenu entre 8 000 et 8 500 euros pour les professionnels, de nombreuses familles ont cessé la production pour des raisons purement fiscales », ajoute-t-il.
Il y a eu un certain soutien en raison de la faible production, mais il était limité et en aucun cas ne pouvait couvrir le revenu perdu. « Nous avons reçu une indemnité des aides économiques d'état, d'environ 107 euros par hectare. Ce montant ne correspond pas au revenu perdu, mais aide seulement à couvrir certaines dépenses de culture de base », note-t-il.
Le safran de Kozani est en danger
Les safraniers ne demandent pas de nouvelles indemnités, mais un soutien pour relancer la culture. « Le safran est une culture coûteuse à établir. Le matériel de multiplication, c'est-à-dire les bulbes, coûte cher. Les dépenses peuvent dépasser 1 000 euros par hectare, ce qui décourage particulièrement les jeunes », justifieVassilis Mitsopoulos.
Plusieurs jeunes ont essayé ces dernières années de cultiver du safran, mais les faibles rendements ne leur ont pas permis de garantir un revenu ni d'obtenir la matière première nécessaire. « Aujourd'hui, ils n'ont ni bulbes en main ni l'argent nécessaire pour continuer ».
Le message à ceux qui prennent des décisions sur la politique climatique est clair. « Nous ne voulons pas compléter notre revenu par des subventions. Le prix du produit est très bon et la demande existe. Ce qui manque, c'est la production », souligne le safranier.
Pour la coopérative, l'objectif est d'augmenter la production totale d'environ 700 kilos actuellement à 1,5 à 2 tonnes. « Pour cela, de nouvelles plantations doivent commencer immédiatement. Le safran est une culture pérenne et reste dans le champ pendant six à sept ans, avec de meilleurs rendements la troisième et la quatrième année. Si les producteurs ne sont pas soutenus maintenant pour viabiliser de nouveaux champs, il n'y aura pas de safran dans les années à venir ».
« La région se vide de sa population, les jeunes partent vers les grands centres urbains. À mesure que la population de la Macédoine occidentale et surtout de Kozani diminue, les producteurs potentiels de safran diminuent automatiquement, prévient Vassilis Mitsopoulos. Le safran de Kozani est en danger à long terme ».

Photo de Une : les champs de crocus de Kozani© Syndicat coopératif des safraniers