France

Les Jeux olympiques vitrine d’une certaine mixité sociale

Le yachting, notamment sur voilier de tradition en bois, demeure une activité réservée à une élite. En France, cette élite est la plupart du temps issue des milieux bourgeois et se perpétue notamment via l’accès aux meilleurs établissements de l’enseignement supérieur. À Marseille, le Voile Inclusive Projet (VIP) entend casser ce déterminisme en ouvrant les régates de prestige à des étudiants boursiers ayant intégré des classes préparatoires aux grandes écoles.

Lors de la grande parade nautique qui a célébré l’arrivée à Marseille du Belem avec à son bord la flamme olympique, des jeunes issus de milieux populaires se sont retrouvés aux premières loges. Ils étaient embarqués avec les équipages de prestigieuses embarcations, emblématiques de l’histoire de la voile olympique. Un privilège pour ces étudiants inscrits dans un programme d’inclusion nouveau, le Voile Inclusive Projet (VIP). Initiée en octobre dernier, cette formation à la voile est un modèle d’inclusion pilote. Intéressé par le concept, Cédric Dufoix, le directeur des sites olympiques dans la région, a milité pour lui donner une exposition forte. Au nom de « l’ambition posée par les Jeux olympiques et Paralympiques Paris 2024 qui aspirent à être les jeux les plus inclusifs de l’histoire de l’olympisme », précise-t-il. Difficile de faire mieux en termes d’exposition, puisque ces jeunes ont régaté sous les yeux des caméras du monde entier.

Une association et des entreprises partenaires

Ce programme d’inclusion, se déroule à bord de Svanevit un voilier figurant au patrimoine historique des JO. Une association à but non lucratif et d’intérêt général le pilote : SVAN, comme Sauvegarde des Voiliers Anciens, qui œuvre désormais dans le domaine de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). L’association va contacter Marc Rosmini, un professeur agrégé de philosophie qui enseigne dans les quartiers populaires de Marseille. Il s’est fait connaître du grand public il y a une dizaine d’années, en créant avec des collègues une « classe préparatoire aux études supérieures » réservée aux bacs professionnels, voie normalement dédiée à un accès rapide à l’emploi. Plusieurs élèves ayant suivi ce programme ont pourtant réussi les concours les plus prestigieux, notamment ceux de Centrale Supelec et l’Institut Polytechnique de Paris, ce qui a attiré l’attention des médias et du rectorat. 

« La réussite et l’épanouissement reposent sur trois sortes de capital : le capital financier, le capital culturel et le capital social. Le programme VIP Marseille participe à la constitution de ce dernier », expose Marc Rosmini. Il ajoute : « La voile oblige à s’harmoniser, car un équipage, c’est un tout. Faire des choses ensemble est la meilleure façon de casser les stéréotypes ».

Un programme conçu par un organisme de formation

Le programme VIP a été pensé par Marsail, un organisme de formation fondé par Christopher Pratt, skipper professionnel (Route du Rhum, Transat Jacques Vabre, double vainqueur du Tour de France à la Voile…) et Amandine Deslandes, formatrice en ingénierie de la protection sociale. La méthode Marsail est basée sur la notion de confiance pour parvenir à la performance. « Confiance en soi pour libérer son plein potentiel, confiance en l’autre pour des collectifs efficaces et alignés, confiance en l’avenir, enfin ! », résume Amandine Deslandes.

Découvrir un « autre monde »

Nino Salim, étudiant qui a intégré VIP ne dit pas autre chose : « Vu le nombre d’heures que me prend la classe préparatoire, j’ai vraiment hésité à remplir encore plus mon emploi du temps. Je suis boursier et n’ai aucune relation. Le mentorat et la rencontre de cadres issus de milieux très différents permettent une ouverture d’esprit. Naviguer sur ce type de voiliers, entrer dans des clubs comme « La Nautique » sur le Vieux-Port, c’était pour moi un autre monde, loin de mon quotidien ». La première sortie sur un voilier historique a eu lieu le dimanche 5 mai. Venu du Yacht-club de Monaco participer à la grande parade de la flamme olympique, Tuiga a permis un baptême hors norme à la promotion. Un moment unique partagé avec de grands patrons, qui a donné lieu à des efforts collectifs pour la navigation, mais aussi des échanges personnels. C’était le but.