Turquie

Le tourisme à l’ombre de la guerre

Le tourisme, l’une des principales sources de revenus en Turquie, est affecté par la guerre, en particulier dans les villes proches de l’Iran, où les hôtels restent vides même pendant les périodes de l’Aïd al-Fitr et de Nowruz, le Nouvel An persan. Dans l’Égée, sur la Méditerranée comme à Istanbul, l’ouverture de la saison pourrait confirmer le recul de la fréquentation touristique.

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Le tourisme à l’ombre de la guerre
22-med – mars 2026
• En Turquie, la guerre régionale frappe d’abord les provinces proches de l’Iran, où hôtels et circuits touristiques tournent au ralenti.
• À Istanbul, dans l’Égée et sur la Méditerranée, l’impact reste limité pour l’instant, mais la saison estivale dira s’il s’étend au reste du pays.
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Le conflit en cours affecte sérieusement le tourisme dans la région. En Turquie, quatrième pays le plus visité au monde, les équilibres du secteur commencent à changer, l’impact le plus fort se faisant sentir dans les régions frontalières de l’Iran. Alors que le nombre de touristes enregistre une très forte baisse dans des provinces comme Van, Ağrı et Hakkari*, à l’est et au sud-est de la Turquie, les effets de la guerre restent pour l’instant limités mais deviennent visibles à Istanbul, dans l’Égée et en Méditerranée.

Pour Bayram Sinkaya, maître de conférences à l’Université Yıldırım Beyazıt, les premières répercussions du conflit apparaissent à travers les prix de l’énergie et le tourisme. Sinkaya : « Le tourisme est un secteur fragile. Il n’est pas nécessaire que la Turquie entre directement en guerre ; quelques informations sur des missiles suffisent à affecter négativement le tourisme. » Cette situation crée une fragilité, notamment sur les marchés européens et turcs, même en l’absence de risque concret.

Le nombre de touristes iraniens dépasse les 3 millions

Selon les données de TÜİK (Institut turc de statistique), l’Iran figure parmi les cinq pays envoyant le plus de touristes en Turquie. En 2025, ils étaient plus de 3,5 millions, et selon les données du ministère de la Culture et du Tourisme, les premiers mois de 2026 ont enregistré le plus grand nombre de visiteurs en provenance d’Iran jamais comptabilisés sur cette période. Rien qu’en janvier, 225 000 Iraniens sont venus en Turquie. Ce chiffre représente 10 % du total des touristes étrangers.

Cette affluence se fait particulièrement sentir dans les villes de l’Est pendant la période de Nowruz. Van, Hakkari, Ağrı et leurs environs figurent parmi les principales destinations des touristes iraniens, qui contribuent aussi à dynamiser le shopping et les séjours dans des villes comme Istanbul, Antalya et Izmir. Cependant, après les attaques commencées le 28 février, une forte baisse a été observée dans les villes frontalières.

Onur Tunçdemir, directeur des ventes et du marketing d’Ayanis Tur à Van, déclare : « Normalement, les hôtels et les appartements sont pleins. Après les conflits, les circuits ont été annulés, les portes fermées, les entrées et sorties bloquées. L’absence des touristes iraniens a directement affecté l’économie locale. »

Des villes frontalières silencieuses

Nowruz est l’une des périodes les plus cruciales pour le tourisme dans les villes de l’Est. Le congé d’environ 20 jours en Iran et en Irak créait chaque année un afflux massif de touristes dans les villes frontalières turques. Mais cette année, la situation a changé. Malgré la coïncidence entre l’Aïd al-Fitr et Nowruz, l’animation attendue n’a pas eu lieu. Une stagnation marquée a été observée dans la région.

Selon Tunçdemir, le constat est frappant : « Normalement, un mois avant Nowruz, le taux d’occupation atteignait 100 %. Cette année, il est tombé à 21 %. Au moment où la saison allait vraiment commencer, la guerre a éclaté et tout a été bouleversé. Le lancement de la saison est reporté d’au moins deux à trois mois pour nous. Nous n’y voyons pas encore clair. »

Annulations et incertitudes dans les circuits

La guerre a également bouleversé les programmes internationaux des agences touristiques turques. La restriction de l’accès à l’Iran a aussi interrompu les circuits vers des destinations comme le nord de l’Irak. Les annulations de vols et les avertissements consulaires ont accru l’incertitude dans le secteur.

Ramazan Bilici, associé de l’entreprise Ponsetya Turizm basée à Antalya, déclare : « Nos circuits ont été affectés, tant dans le sud-est du pays qu’à l’étranger, vers des destinations comme Dubaï, l’Azerbaïdjan et l’Égypte. Nous enregistrons actuellement environ 30 % d’annulations. »

Un impact limité dans l’Égée, la Méditerranée et à Istanbul

Dans l’Égée, la Méditerranée et à Istanbul, l’impact reste pour l’instant limité. La Turquie conserve son image de « destination sûre », et les effets de la guerre s’y font sentir plus lentement. Le fait que la saison estivale n’ait pas encore commencé et que ces zones disposent de dynamiques touristiques différentes explique en partie ce décalage.

Selen Çalışkan, guide à Istanbul, explique : « Il y a des annulations depuis les États-Unis et l’Extrême-Orient. On a l’impression que la guerre s’étend jusqu’ici. Il y a aussi une inquiétude chez les touristes qui arrivent. Il n’y a pas encore de grand impact, mais il y a des annulations. Les arrivées depuis l’Europe continuent, mais on observe une baisse des touristes américains. On pourra mieux mesurer les impacts cet été. »

Un “effet psychologique” sur le tourisme

Selon les experts, même si la guerre ne constitue pas une menace directe pour la sécurité en Turquie, la perception d’un risque régional peut influencer les décisions de voyage. Cet « effet psychologique » dans le tourisme se manifeste notamment par des annulations et des hésitations.

* Ce sont à la fois des provinces et des villes — c’est une particularité de l’organisation administrative turque.

Un site touristique très fréquenté, les collines de Nallıhan en Anatolie © DR

Photo de Une : Vue Aérienne De L’île D’akdamar Sur Le Lac De Van © Okan Demircan -Pexel