Palestine

De nouvelles ressources pour résister à la crise économique en Cisjordanie

En Cisjordanie, la guerre, les restrictions imposées aux travailleurs palestiniens et la crise financière de l’Autorité palestinienne fragilisent des milliers de familles. Pour maintenir un revenu, beaucoup développent de nouvelles activités à domicile, relancent des cultures agricoles ou créent des coopératives locales. À Bethléem comme à Bani Na’im, ces initiatives permettent de faire face aux difficultés du quotidien tout en renforçant l’autonomie économique des communautés.

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De nouvelles ressources pour résister à la crise économique en Cisjordanie
22-med – juin 2026
• En Cisjordanie, des familles privées d’emploi inventent de nouvelles activités pour maintenir un revenu.
• À Bethléem et Bani Na’im, boulangerie à domicile, coopératives et agriculture locale dessinent une économie de survie et d’autonomie.
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Dans un petit coin de leur maison, dans l’un des camps de réfugiés palestiniens près de Bethléem, dans le sud de la Cisjordanie, Samer Iyad Hamad, 40 ans, et son épouse Insaf Al Najar, 32 ans, se tiennent à côté d’un modeste four domestique. Ensemble, ils préparent du pain et des pâtisseries traditionnels et surveillent attentivement chaque fournée. Puis ils les livrent aux voisins, aux commerces locaux et aux clients qui passent commande via une page qu’ils ont créée sur les réseaux sociaux, pour commercialiser leurs produits.

Il y a seulement deux ans, avant de lancer cette activité à domicile, Samer travaillait dans un hôtel à Jérusalem, assurant un revenu stable à sa famille. Mais après avoir perdu son permis de travail à la suite de la guerre, il a dû chercher des alternatives dans une région où les opportunités économiques se faisaient de plus en plus rares. Aujourd’hui, le couple travaille de longues heures. Leur journée commence avant l’aube lorsqu’ils achètent les ingrédients, préparent la pâte et confectionnent différentes pâtisseries. Le matin venu, les produits sont prêts à être livrés aux magasins locaux, aux institutions et aux familles qui comptent sur leur activité en plein développement.

Samer et Insaf expliquent avoir lancé ce projet pour soutenir leur famille de trois personnes et couvrir au moins une partie de leurs dépenses quotidiennes. « Les revenus que nous générons s’élèvent à environ 1 800 shekels par mois, soit environ 600 dollars, ce qui représente seulement un tiers de ce que je gagnais en travaillant à Jérusalem », explique Samer. « Mais le fait de pouvoir couvrir ne serait-ce qu’une partie des dépenses de notre famille nous aide à rester résilients et à continuer d’avancer. »

Une tendance croissante à l’adaptation

L’histoire de Samer est loin d’être unique. Alors que les possibilités d’emploi en Israël ont diminué et que les restrictions visant les travailleurs palestiniens se sont renforcées, des milliers de Palestiniens ont été contraints de repenser leurs moyens de subsistance. Dans le même temps, la crise financière persistante de l’Autorité palestinienne — aggravée par les retenues israéliennes sur les recettes fiscales palestiniennes — a conduit de nombreux employés du secteur public à faire face à des retards de paiement ou à des réductions de salaire.

Face à ces défis qui se superposent, les Palestiniens de toute la Cisjordanie ont commencé à développer des solutions innovantes pour générer des revenus et réduire leur dépendance à l’emploi traditionnel. Les économistes décrivent de plus en plus ce phénomène comme une « économie de la résilience », c’est-à-dire des initiatives portées par les communautés permettant aux familles de s’adapter, de survivre et de créer de nouvelles opportunités malgré une incertitude économique durable.

Des emplois salariés aux petites entreprises

C’est ainsi que dans les villes et villages de Cisjordanie, les toits et les arrière-cours se transforment progressivement en espaces productifs. La production alimentaire à domicile, l’élevage de volailles, l’agriculture hydroponique, les services numériques et le travail indépendant en ligne se développent fortement. Une autre tendance notable est le retour de l’agriculture familiale et la remise en culture de terres auparavant négligées.

Dans de nombreuses communautés rurales, les familles ont commencé à cultiver des légumes, des herbes aromatiques et des cultures saisonnières. De quoi réduire leur dépendance aux marchés, où les prix continuent d’augmenter.

Une des réalisations les plus innovantes de la coopérative a été la culture de l’azolla pour nourrir le bétail © Sari Jaradat - 22med

Des femmes à la tête de l’innovation agricole à Bani Na’im

L’un des exemples les plus marquants vient de Bani Na’im, une ville située au sud d’Hébron, qui a connu d’importantes difficultés économiques en raison des restrictions israéliennes et des fermetures. Cela a contribué à l’augmentation du chômage chez les hommes. Mais donné des idées à un groupe de femmes, qui a mis en place une coopérative associant agriculture, transformation alimentaire, élevage et aviculture. Les femmes y travaillent aux côtés des hommes pour faire face aux défis économiques et politiques auxquels leur communauté est confrontée.

Asma Zaidat, l’une des responsables de cette initiative, explique qu’une grande partie des terres de la ville est menacée de confiscation, ce qui rend essentielle la présence constante des familles d’agriculteurs. « Maintenir les familles sur leurs terres contribue à les protéger, souligne-t-elle. L’élevage fournit de la nourriture aux ménages et crée une source de revenus supplémentaire. » La coopérative soutient diverses activités agricoles, dont une des réalisations les plus innovantes a été la culture de l’azolla, une sorte de fougère aquatique utilisée comme aliment alternatif pour le bétail.

Réduire les coûts grâce à l’innovation locale

Pour les agriculteurs confrontés à la hausse des prix des aliments pour animaux, l’azolla est devenue une aide concrète. Zaidat, qui élève une trentaine de moutons en plus de volailles destinées à la consommation familiale, explique que le coût de l’alimentation animale était devenu l’une des principales dépenses du foyer. « Nous avions besoin de près de deux tonnes de son chaque mois, pour un coût d’environ 700 dollars », explique-t-elle. Pour réduire ces dépenses, la coopérative a créé une ferme qui ne cultive que l’azolla. Aujourd’hui, les moutons en consomment environ 10 kilogrammes par jour, ce qui réduit considérablement la dépendance aux aliments achetés.

Les femmes impliquées dans la production laitière et l’élevage signalent des améliorations notables depuis l’introduction de cette nouvelle source d’alimentation, notamment une meilleure qualité du fromage, des temps de production plus courts ainsi qu’une augmentation de la taille des œufs et de la productivité des poules pondeuses.

Le parcours n’a toutefois pas été exempt d’obstacles. « Comme pour tout nouveau projet, nous avons rencontré des défis financiers et sociaux au début », expliquent les membres de la coopérative. « Mais nous avons cru en cette idée et travaillé dur avec différents partenaires jusqu’à ce qu’elle devienne réalité. »

Au-delà de la survie, construire une résilience à long terme

Les estimations économiques suggèrent que des dizaines de milliers de travailleurs palestiniens ont perdu leur emploi en Israël ces dernières années. Dans le même temps, de nombreux employés du secteur public continuent de subir des retards et des réductions de salaire en raison de la crise budgétaire persistante.

L’économiste palestinien Issmat Qazmar indique à 22MED que de nombreux citoyens ayant perdu leur emploi se sont tournés vers les petites entreprises, les étals de marché et les activités indépendantes afin de trouver de nouveaux moyens de s’adapter à la diminution de leurs revenus. « Ces initiatives représentent d’importantes stratégies d’adaptation, explique-t-il.  Mais elles ne constituent pas encore une véritable économie de la résilience au sens économique plus large du terme. »

Qazmar souligne que la réduction de la consommation, l’emprunt d’argent, la recherche de travaux temporaires ou l’implication d’autres membres de la famille dans des emplois faiblement rémunérés témoignent de la capacité des habitants à faire face à des conditions difficiles. Toutefois, transformer ces efforts dispersés en une économie de la résilience durable nécessite un cadre national plus structuré, capable de renforcer la production locale et de soutenir l’autonomie économique à long terme.

Samer Hamad et son épouse, Insaf Al-Najjar, ont créé, dans la cuisine de leur domicile, une petite entreprise familiale de production alimentaire où ils préparent des pizzas et des pâtisseries palestiniennes traditionnelles © Monjed Jadou - 22med

Photo de Une : Les membres de la Coopérative agricole féminine de Bani Na’im participent à des activités agricoles et de production alimentaire dans le cadre d’une initiative communautaire qu’elles ont créée © Sari Jaradat - 22med