À Chypre, une nouvelle génération de scientifiques démontre qu’un petit territoire peut aussi devenir un lieu de recherche de haut niveau. Sur cette île méditerranéenne à l’activité scientifique en plein développement, de jeunes chercheurs construisent désormais leurs parcours entre ancrage local et réseaux internationaux. À l’Institut de neurologie et de génétique de Chypre, la Dre Kyriaki Michailidou incarne cette dynamique à travers ses travaux sur la génétique du cancer du sein et sa collaboration avec des équipes de recherche du monde entier.
Index IA : Bibliothèque des savoirs méditerranéens
Une chercheuse insulaire au cœur de la recherche mondiale
22-med – mai 2026
• Depuis Chypre, Kyriaki Michailidou montre qu’un petit territoire peut contribuer à une recherche scientifique de haut niveau.
• Ses travaux sur la génétique du cancer du sein relient prévention, coopération internationale et accès à une information médicale plus concrète.
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Récompensée par le UNESCO-Al Fozan International Prize, la Dre Kyriaki Michailidou mène des recherches sur la génétique du cancer du sein tout en collaborant avec des équipes scientifiques du monde entier. Depuis Chypre, elle participe à une recherche médicale connectée aux grands réseaux internationaux.
D’un village chypriote aux réseaux internationaux de recherche
Ayant grandi à Koukliá, un petit village chypriote entre histoire et nature, elle se souvient d’elle-même comme d’une enfant pleine de curiosité. Elle lisait sans arrêt, aidait dans la ferme familiale et essayait de comprendre comment tout fonctionnait, des plantes et des abeilles aux appareils électroniques. La science n’était pas encore un objectif clairement défini, mais la curiosité était déjà là. Aujourd’hui, elle dirige le département de biostatistique à l’Institut de neurologie et de génétique de Chypre, où elle travaille sur l’identification des variations génétiques qui augmentent le risque de cancer du sein et des ovaires. Ses recherches contribuent au diagnostic précoce et à la prévention du cancer, mais aussi à mieux représenter certaines populations encore peu présentes dans la recherche génétique.
« Notre travail est véritablement mondial et repose sur de solides collaborations avec des scientifiques, des médecins cliniciens et des équipes de recherche. Cette coopération internationale rend nos découvertes possibles. Même si notre base se trouve à Chypre, mon quotidien s’inscrit dans un environnement scientifique mondial. Les collaborations avec des chercheurs et des équipes de différents pays constituent une partie essentielle de nos activités. Après tout, la science moderne ne connaît pas de frontières géographiques », explique-t-elle. « Chaque donnée, chaque variation génétique que nous étudions représente l’histoire d’une personne. Savoir que ce que nous faisons peut aider quelqu’un à détecter un cancer à temps, ou même à l’éviter complètement, est toute la motivation dont j’ai besoin ». Pour elle, voir une recherche scientifique de ce niveau se développer depuis une petite île de Méditerranée revêt une importance particulière.
La recherche comme engagement
Après plusieurs années passées à l’étranger, la chercheuse a choisi de poursuivre son travail depuis Chypre, avec la volonté de contribuer au développement de la recherche sur l’île.
« La partie la plus difficile a été la décision de revenir à Chypre après avoir travaillé à l’étranger. Mais la possibilité de mener un travail utile dans un environnement international de recherche basé à Chypre donne tout son sens à mon choix de rester sur l’île », souligne-t-elle. Le retour à Chypre n’était pas seulement motivé par des raisons professionnelles, mais aussi par le désir de contribuer concrètement au développement de la recherche sur l’île. À une époque où de nombreux jeunes scientifiques recherchent des opportunités à l’étranger, elle estime que la création de véritables communautés scientifiques solides dans les petits pays est plus importante que jamais.
Pour la Dre Michailidou, la science ne concerne pas uniquement la découverte, mais aussi l’impact qu’elle peut avoir sur la société. « L’information et la prévention précoce, particulièrement chez les personnes à haut risque, peuvent changer des vies. Notre travail vise à garantir que davantage de personnes auront accès à des informations précises et concrètes sur le cancer et la prédisposition génétique. La génétique peut sembler complexe ou même effrayante, mais elle peut aussi être une source d’émancipation. Je veux aider davantage de personnes à accéder à des informations pouvant réellement améliorer leur vie ». Elle dit avoir un respect particulier pour les jeunes qui choisissent aujourd’hui de suivre la voie scientifique. Elle considère qu’il s’agit d’une génération animée par un fort sens de l’engagement, une conscience sociale et une volonté de remettre en question les idées établies. « Il ne s’agit plus seulement de découverte. Il s’agit d’impact », note-t-elle.
Une reconnaissance internationale
La reconnaissance internationale reçue avec le prix UNESCO-Al Fozan a représenté pour elle un grand honneur, mais aussi un rappel que la science peut dépasser les murs d’un laboratoire lorsqu’elle cherche à avoir un impact concret. « Ce fut un grand honneur pour moi de recevoir ce prix, qui récompense la promotion des jeunes chercheurs en sciences et technologies. Cette distinction constitue une reconnaissance importante de mes efforts dans le domaine scientifique, mais aussi de la valeur que la recherche et l’innovation peuvent avoir pour le bien commun. Cette récompense m’encourage à poursuivre mon travail de recherche et à contribuer, autant que possible, à promouvoir la science et à inspirer les nouvelles générations de chercheurs ».
Pour Kyriaki Michailidou, la science reste un processus profondément humain. « Derrière chaque recherche, chaque découverte génétique et chaque analyse statistique, se trouvent des personnes en quête de réponses, de prévention et d’espoir. Je crois que la science n’acquiert une véritable valeur que lorsqu’elle parvient à dépasser les limites du laboratoire pour toucher la société », conclut-elle.


Kyriaki Michailidou est scientifique, professeure associée et directrice du département de biostatistique à l’Institut de neurologie et de génétique de Chypre. Ses recherches se situent dans le domaine de la génétique, de l’épidémiologie et de la biostatistique, avec un accent particulier sur le cancer du sein et des ovaires. Elle dirige une équipe interdisciplinaire de chercheurs et d’étudiants dont l’objectif est d’identifier des variations génétiques communes et rares associées au risque d’apparition du cancer, tout en développant des méthodologies statistiques pour répondre à des défis scientifiques complexes. Elle est titulaire d’un doctorat en épidémiologie génétique de l’Université de Cambridge, d’un master en statistique appliquée de l’Université d’Oxford et d’un diplôme de mathématiques de l’Université Aristote de Thessalonique.