France

En Provence, des champs de lavandin en phase avec la biodiversité

Avec le retour du printemps, les agriculteurs provençaux commencent à préparer la saison de récolte de petits arbustes aux fleurs bleues très odorantes, le lavandin. Dans les champs, les plants se structurent, les épis montent progressivement, annonçant les futures récoltes estivales, promesse du meilleur des rendements d’huile essentielle. Certains producteurs font pourtant un choix à contre-courant et retardent la coupe pour laisser aux abeilles, papillons et autres pollinisateurs le temps de butiner. C’est le cas de la ferme Le Lavandin, à Aix-en-Provence.

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En Provence, des champs de lavandin en phase avec la biodiversité
22-med – avril 2026
• Certains producteurs provençaux acceptent de récolter plus tard et de perdre en rendement pour laisser aux abeilles et aux autres insectes le temps de butiner.
• Derrière l’huile essentielle de lavandin se joue un arbitrage concret entre production agricole, pratiques biologiques et préservation de la biodiversité.
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Au cœur d’un paysage calcaire et vert, sous un ciel azur, se distinguent sept hectares d’épis bien alignés d’un bleu violacé, chaloupant au gré du vent. De plus près, ils révèlent un ballet incessant d’insectes, papillons, bourdons, guêpes. Et bien sûr d’abeilles : « Au moins sept ou huit races différentes. Des poilues, des rousses, des charpentières, des noires », s’émerveille Sébastien Genre, exploitant avec son père de la ferme Le Lavandin.

Du lever au coucher du jour, elles bourdonnent et butinent les fleurs pour aspirer le précieux nectar. Un liquide sucré, riche et abondant, qui, transformé en miel dans la ruche, fait prospérer la colonie.

Lavandin et lavande, une confusion persistante

Ces fleurs violettes, qui aguichent le passant à quelques kilomètres du centre d’Aix-en-Provence, font certes partie de la famille des lavandes, mais leur espèce est le lavandin et non la lavande. « Elles n’ont pas exactement la même forme », fait observer devant ses champs ce quadra, verbe précis et ton à l’avenant. La première présente en effet une tige principale et deux petites latérales, tandis que la seconde n’en comporte qu’une seule. En fait, toutes les plantes violettes qu’on aperçoit en plainesont du Lavandin. « La lavande pousse en altitude, à plus de 750 mètres selon les espèces », insiste celui qui a rejoint son père sur l’exploitation familiale en 2010. 

Une plante aux usages multiples

Le lavandin est un hybride naturel issu, via la pollinisation par les abeilles, du croisement de la Lavande Vraie et la Lavande Aspic, toutes deux sauvages. Domestiqué par l’homme au début du XX siècle, comme alternative à la lavande vraie, dont la culture devenait plus difficile face aux parasites et aux évolutions climatiques, il est aujourd’hui l’espèce la plus cultivée, car sa fleur est plus vigoureuse et productive. En aromathérapie, son huile essentielle est connue pour être un excellent calmant et relaxant. « Quelques gouttes sur l’oreiller – ou sur un doudou – peuvent aider à l’endormissement », conseille Sébastien Genre. Il serait particulièrement indiqué comme décontractant musculaire. « Je m’en sers quand j’ai des courbatures », étaye ce grand sportif, short treillis et tatouage au bras. Il est également une alternative à la lavande vraie comme désinfectant et cicatrisant. « En tant que paysan, on l’applique sur nos blessures. À faible dose évidemment. Si c’est tous les jours, il est préférable de la couper avec une huile végétale type Argan ». 

Un allié du quotidien

L’huile essentielle de lavandin est un répulsif contre les poux – « à mettre sur un chouchou en préventif », les puces – « sur un collier absorbant », les mites – « sur un petit sac, un galet en terre cuite ou un coton dans une sous-tasse ». Enfin, elle éloigne les moustiques, araignées et autres insectes, « tout en atténuant le feu des piqûres ». Sébastien Genre évoque également les bienfaits sur les coups de soleil – « mélangée avec du lait corporel » et le mal de gorge – « moi, j’en ingurgite une petite goutte sur une cuillère de miel durant deux jours », détaille ce terrien. Il précise cependant qu’il n’est ni médecin ni aromathérapeute. « Je rapporte juste ce que nous avons observé et nos usages familiaux », précise-t-il dans sa boutique qui expose une quinzaine de produits issus du lavandin.

Ce père de deux enfants, « nourris au bio », préconise cependant, comme tous les spécialistes, de ne pas utiliser cette huile essentielle, riche en camphre, pour les moins de 5 ans, pour limiter les risques potentiels. 

Laisser revenir le vivant

Père et fils pratiquent l’agriculture biologique. « Pas d’intrants, même pas d’engrais. On laisse la nature faire son travail », souligne Sébastien Genre. Et d’ajouter aussitôt « pour le moment, aucun nuisible ne touche nos plantes, comme c’est le cas sur le plateau de Valensole ». 

Enfin, ils désherbent les plans de lavande à la main, parfois à l’aide des moutons depuis qu’ils se sont aperçus que ces ruminants mangeaient tout, sauf la lavande. « C’était il y a une vingtaine d’années, un troupeau avait envahi le champ, l’éleveur à leur trousse, désolé. On s’est aperçu qu’au contraire, ils faisaient du bon travail ! », se souvient cet amoureux de la terre. Il s’émerveille du retour des biches sur l’exploitation, où grouillent également Scolies des jardins, lézards, geckos et plein d’oiseaux. « Il y a beaucoup de vie quand on ne met pas de produits chimiques », fait observer celui qui se définit comme un paysan 2.0 : « maintenant, on sait l’impact néfaste de l’agriculture intensive sur l’environnement et la santé ». 

Retarder la coupe pour préserver les pollinisateurs

Lors de sa floraison, qui dure environ un mois, le Lavandin produit une huile essentielle des plus concentrées. Pourtant la famille Genre attend que les fleurs se fanent pour les faucher. « On est généralement les derniers », sourit le paysan qui souhaite laisser aux abeilles leur précieux nectar le plus possible à portée de langue. Attendre qu’elles quittent le champ et butinent ailleurs permet également d’éviter de les tuer lorsque la récolte avec « la machine qui coupe et aspire » s’impose – en cas de risque de pluie ou de faible rendement. Car le problème de cet engin est « qu’il aspire tout, même les abeilles. Certains agriculteurs font attention en coupant la nuit, mais d’autres non », se désole Sébastien Genre.

Protéger les abeilles est non négociable pour eux. « C’est l’espèce la plus importante de la planète. Sans abeille, il n’y a plus de vie ». En effet, elles participent à la reproduction de 80% environ des plantes à fleurs, et donc à la formation des fruits et légumes.

Produire moins, mais autrement

Faucher après tout le monde n’est pas sans dommage. « La perte est difficilement quantifiable. Par rapport à une agriculture conventionnelle, nous avons 10 à 15% de production en moins* », estime Sébastien Genre. Soit 150 litres à l’hectare selon l’âge des Lavandins. Leur durée de vie optimale en terre est en effet de huit ans, « mais on les garde dix ans. Puis on les remplace par des ‘’racines nues’’ d’un à deux ans, achetées dans la région ». 

La famille parvient à vivre de l’exploitation car elle vend en direct ses produits. « Mais ce n’est pas ‘’monstrueux’’ non plusC’est pour cela que nous avons développé des activités parallèles, comme la chambre d’hôte , et prochainement de l’événementiel », explique ce créateur, quatrième génération d’agriculteurs, qui fourmille d’idées. Comme lancer glaces et sirops sans conservateurs.

* Selon les Chambres d’agriculture, la France a cultivé, en 2023, 8082 hectares de lavande et 22 144 hectares de lavandin. Elle produit 1550 tonnes d’huile essentielle de lavandin et 90 tonnes pour la lavande. II faut environ 100kg de fleurs pour fabriquer 1l d’huile essentielle de lavande alors que pour le lavandin, il suffit de 40kg.
En cas de risque de pluie ou de faible rendement, la récolte des épis se fait avec une machine qui “coupe et aspire” @Le Levandin

Photo de Une : La ferme Le Lavandin, c’est sept hectares de lavandins cultivés en agriculture biologique. @Marcelle