Algérie

La permaculture, un tremplin pour l’emploi ?

L’Algérie est un des seuls pays d’Afrique à avoir mis en place un dispositif d’allocation chômage au profit des primo-demandeurs d'emploi. Mais la question de l’intégration professionnelle des jeunes nécessite aussi l’engagement du monde de l’entreprise et de la société civile. Spécialiste de la permaculture, Fayçal Anseur prépare aujourd’hui un projet de fermes-écoles visant à former et insérer des jeunes grâce aux techniques agricoles durables.

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La permaculture, un tremplin pour l’emploi ?
22-med – mars 2026
• Un projet de ferme-école en permaculture vise à former et insérer des jeunes dans les métiers agricoles durables.
• En s’inspirant du modèle français de l’insertion par l’activité économique, l’initiative ambitionne de créer un réseau de fermes et un label national.
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Après une première tentative compromise par la pandémie de Covid19, Fayçal Anseur est de retour en Algérie pour lancer son projet de ferme-école en permaculture. Journaliste, photographe, fondateur du premier pure player 2.0 algérien, il a totalement changé de parcours professionnel en s’installant en France. Passionné d’écologie, il opte alors pour le monde agricole. Après avoir décroché un diplôme en maraîchage biologique, il devient entrepreneur en lançant AgroPerma, une société spécialisée dans la formation, le conseil et le design en permaculture.

De la reconversion personnelle à un projet collectif

En France, l’Insertion par l’activité économique (IAE) est un dispositif qui permet à des personnes considérées comme « très éloignées de l’emploi » de retrouver une activité professionnelle grâce à un accompagnement renforcé. L’idée est de leur proposer un contrat de travail dans une structure spécialisée, tout en leur offrant un accompagnement social et professionnel pour faciliter leur retour vers l’emploi classique. Le dispositif cible plusieurs catégories : les réfugiés politiques, les jeunes en situation d’échec, les personnes en situation de handicap…

« Concrètement, notre structure reçoit une subvention de l’État qui couvre jusqu’à 90 % de l’allocation chômage perçue par les salariés en insertion. Après signature d’un contrat de deux ans, ils sont engagés dans des chantiers de maraîchage. En contrepartie, ils perçoivent un vrai salaire, soit plus de 65% de plus que l’allocation chômage. En plus de la formation technique, les apprenants acquièrent des compétences transversales comme la ponctualité, le respect des consignes et le travail en groupe », explique Fayçal. Le contrat, renouvelable tous les quatre mois, couvre le logement, le suivi psychologique et la formation professionnelle. Au terme des deux années, la structure en charge de la formation leur remet un diplôme et doit leur assurer un CDI dans une entreprise ou un CDD d’une durée minimale de six mois. 

La permaculture comme levier d’insertion professionnelle

Ce dispositif d’insertion par l’activité économique, Fayçal Anseur envisage de l’adapter en Algérie. Après une première tentative en 2018, il revient plus déterminé en ce début d’année 2026. « J’avais lancé une tournée dans plusieurs régions du pays pour former des agriculteurs à la permaculture, en partenariat avec des instituts agricoles publics. Aujourd’hui, je reprends le projet en intégrant les activités de formation et d’insertion professionnelle en agroécologie ainsi qu’en transformation des produits agricoles, en artisanat et en éco-tourisme. Un des objectifs étant de construire un réseau de fermes et de lancer le label algérien en permaculture ».

L’idée est de permettre, à terme, d’acheter des légumes et des fruits bio, des produits transformés et des objets artisanaux dans des fermes-écoles qui offriront également le gite et le couvert. « Le potentiel est sans limites, il est possible d’avoir des établissements dans toutes les régions du pays », assure Fayçal en insistant sur le fait que son projet est loin d’être utopique.

Un projet qui nécessite l’appui des institutions

Pour y parvenir, l’entrepreneur doit agir dans deux axes : obtenir une concession d’au moins cinq hectares pour monter la première ferme modèle et persuader l’administration algérienne du bien-fondé des mécanismes de l’Insertion par l’activité économique. « Il y a une réelle volonté d’ouverture des autorités en matière de développement agricole, qui est un secteur stratégique en Algérie. Jusqu’à présent, j’ai été très bien reçu dans les administrations. Cependant, il me faut avant tout prouver que le projet agricole est économiquement viable. Voilà pourquoi il est impératif de monter une ferme modèle pour permettre de présenter concrètement les techniques et les résultats ».

La phase qui concerne l’insertion professionnelle exige l’instauration d’un nouveau cadre juridique, notamment pour le montage financier et le transfert des allocations. En 2022, le gouvernement algérien a instauré un mécanisme de soutien financier au profit des primo-demandeursd’emploi. D’une durée totale de deux ans, ce dispositif comprend également une couverture sociale en matière d’assurance maladie. Pour l’année 2026, le gouvernement a prévu un financement de 3,23 milliards de dollars pour financer ce mécanisme.

Bien que le contexte algérien soit différent de celui de la France, la nécessité d’accompagner les jeunes dans le monde du travail est un défi que partagent tous les États. La mise en œuvre de ce projet nécessite une implication transversale des ministères de l’Agriculture, de la Formation professionnelle, de l’Emploi, en plus des collectivités locales et de diverses institutions à l’instar des Offices du tourisme. « Rien ne pourra se faire sans l’État », souligne Fayçal Anseur.

En 2018 Fayçal Anseur avais lancé une tournée dans plusieurs régions du pays pour former des agriculteurs à la permaculture,© Fayçal Anseur

Photo de Une : la permaculture en Algérie, un projet loin d'être utopique © Fayçal Anseur