Israël

Virus du Nil : l’infectiologue Jihad Bishara alerte sur un risque élevé

Depuis plusieurs étés consécutifs, Israël est confronté à une recrudescence des populations de moustiques vecteurs du virus du Nil occidental (West Nile Virus, WNV). Transmis par la piqûre de certains moustiques, il peut s’avérer dangereux pour les humains, en particulier les personnes âgées ou immunodéprimées. Cette situation s’inscrit dans un contexte climatique de températures élevées prolongées et de changements environnementaux favorables à la prolifération. Rencontre avec le Professeur Jihad Bishara, responsable de l’Unité des maladies infectieuses au Rabin Medical Center – Beilinson Hospital.

Par Caroline Haïat - Journaliste

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Virus du Nil : l’infectiologue Jihad Bishara alerte sur un risque élevé
22-med – février 2026
• En Israël, le virus du Nil occidental connaît une recrudescence marquée, avec une flambée précoce dès le mois de mai et une circulation désormais étendue jusqu’à décembre.
• L’infectiologue Jihad Bishara pointe l’effet combiné du changement climatique, des dynamiques environnementales et d’une prévention encore trop réactive.
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La majorité des infections par le WNV est asymptomatique ou se manifeste par des symptômes pseudo-grippaux (fièvre, maux de tête, douleurs musculaires). Cependant, environ 1 % des cas peut évoluer vers des formes neurologiques sévères (encéphalite, méningite). Le traitement reste essentiellement symptomatique, car il n’existe pas encore de thérapie antivirale spécifique pour la maladie.

Les premières flambées humaines documentées remontent au début des années 1950. Des recherches entomologiques réalisées dans le pays montrent que les espèces Culex pipiens, Culex perexiguus et Aedes caspius représentent les vecteurs principaux pour la transmission du WNV dans différentes zones. Une épidémie majeure s’est déclarée en 2000, avec 417 cas confirmés et 35 décès attribués à l’infection par le WNV. Depuis, plusieurs dizaines de cas sont signalés chaque année. La plus importante flambée de cas au cours des deux dernières décennies a eu lieu en 2024. Elle a débuté de manière inhabituelle dès le mois de mai, plus de 930 patients ont été diagnostiqués et 72 décès ont été enregistrés.

Les moustiques acquièrent le virus en piquant certains oiseaux présentant des niveaux élevés de virémie (présence de ce virus dans le sang). Ils jouent le rôle d’hôtes amplificateurs, permettant au virus de se répliquer à des niveaux élevés. Une fois infectés, les moustiques peuvent transmettre le WNV à d’autres oiseaux et, de manière incidente, aux humains et aux mammifères.

La hausse des températures et le dépistage : des enjeux de taille

L’augmentation des cas de WNV observée en Israël s’explique à la fois par une véritable intensification de l’activité virale mais aussi par une amélioration de la surveillance et du signalement. Les températures plus élevées et les modifications des régimes de précipitations ont augmenté la propension à transmettre le WNV, entraînant une activité plus soutenue des moustiques et des réservoirs aviaires, ainsi qu’une circulation virale plus importante.

« L’utilisation élargie de nouvelles méthodes a accru la sensibilité et la spécificité des de diagnostics moléculaires, contribuant à la hausse du nombre de cas déclarés lors de la récente épidémie de 2024”, affirme le Professeur Jihad Bishara.

« La maladie se concentre principalement dans deux grandes zones géographiques : la plaine côtière et la région centrale, ainsi que l’Arava et la vallée du Rift jordanien. Cela en raison d’une combinaison de facteurs environnementaux, climatiques et biologiques », précise-t-il. La vallée du Rift jordanien constitue un corridor de transit principal pour les oiseaux infectés migrant entre l’Afrique et l’Eurasie, ce qui augmente la présence du WNV dans la région. Les résidents ruraux sont davantage exposés en raison de leur proximité avec les sites de reproduction des moustiques. Les populations arabes présentent une séroprévalence plus élevée, reflétant possiblement des facteurs environnementaux et socio-économiques.

«Les sources d’eau stagnante, consécutives à un hiver pluvieux associé à une mauvaise gestion de l’eau, offrent des sites de reproduction idéaux pour les moustiques Culex. Les pratiques d’irrigation augmentent à la fois l’abondance des moustiques et l’incidence de la maladie. L’urbanisation rapide, en particulier dans les colonies non planifiées, ainsi que la conversion des terres agricoles et l’élevage intensif, amplifient le risque de maladies transmises par les moustiques», souligne le Professeur Bishara.

Selon l’infectiologue, le risque actuel de transmission du WNV en Israël est élevé, mais il n’est pas lié à l’émergence de nouvelles espèces de moustiques ou de nouvelles souches virales.

« Les flambées en Israël n’ont pas été associées à l’émergence d’une nouvelle lignée virale plus pathogène. Bien que des modifications génétiques aient été identifiées dans les souches israéliennes, elles n’ont pas entraîné, ces dernières années, une augmentation documentée de la sévérité clinique ni de la transmissibilité », assure-t-il.

Une menace croissante pour la santé publique

Pour le grand public, le niveau de vigilance doit être renforcé, en particulier pour les groupes à haut risque et dans les zones endémiques pendant l’été et le début de l’automne, période qui s’étend désormais de mai à décembre. Les mesures préventives — lutte contre les moustiques, élimination des eaux stagnantes, utilisation de répulsifs et port de vêtements protecteurs — sont essentielles.

« Le ministère de la Protection de l’environnement effectue régulièrement des prélèvements de moustiques à travers tout le pays afin de détecter la présence du virus. Lorsqu’un moustique infecté est identifié, le ministère adresse immédiatement une demande à la municipalité concernée pour qu’elle mette en œuvre une lutte ciblée contre les nuisibles et assèche les sources d’eau stagnante. La mise en œuvre effective dépend toutefois de la motivation et des ressources de chaque municipalité. Cela crée des disparités entre les localités aisées, qui investissent davantage ans la lutte contre les moustiques, et les municipalités plus modestes » observe le Professeur Bishara.

À mesure que le changement climatique redessine les équilibres environnementaux en Israël, le virus du Nil occidental s’impose comme un problème de santé publique durable. Les systèmes étatiques ne se sont pas adaptés suffisamment rapidement au rythme changeant du climat israélien. La majeure partie de l’activité du ministère de la Protection de l’environnement intervient après que des moustiques infectés ou des patients ont déjà été identifiés. Pour endiguer le phénomène, un investissement beaucoup plus important dans une lutte préventive systématique et annuelle contre les nuisibles est nécessaire.

Le virus se transmet des oiseaux aux mammifères par les moustiques ©samir smier - pexels-

Biographie

Le Professeur Jihad Bishara, est un médecin clinicien et chercheur en médecine interne et maladies infectieuses. Professeur titulaire à la Faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv, il dirige l’Unité des maladies infectieuses au Rabin Medical Center – Beilinson Hospital à Petah Tikva, Israël.  En tant que spécialiste des maladies infectieuses, il est également mentionné dans des communications à la presse concernant son rôle dans la prise en charge clinique de grands défis sanitaires, notamment lors de crises épidémiques en Israël.

Il est l'auteur de 185 publications et co-auteur de nombreux articles scientifiques évalués par des pairs. Il a également présenté ses travaux lors de nombreuses conférences nationales et internationales. Ses contributions ont été saluées par d'éminents experts du monde entier.