Albanie

Quand les cerises ouvrent la voie d’une agriculture plus verte

Dans la région d'Elbasan, au centre de l'Albanie, de plus en plus d'agriculteurs cherchent à réduire leur dépendance aux pesticides et aux engrais chimiques. Des vergers de cerisiers aux oliveraies, ils expérimentent des pratiques plus durables afin de maîtriser leurs coûts et de répondre à une demande croissante de produits bio. Une transition encore fragile, soutenue par plusieurs programmes, mais confrontée à des obstacles techniques et économiques.

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Quand les cerises ouvrent la voie d’une agriculture plus verte
22-med – juin 2026
À Godolesh, la fête de la cerise révèle les premiers pas d'une agriculture plus durable portée par les producteurs locaux.
Du contrôle biologique aux oliveraies, la région d'Elbasan expérimente des pratiques qui réduisent les pesticides tout en répondant à la demande croissante de produits bio.
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À Godolesh, un village près d'Elbasan, les cerises s'exposent dans les cagettes, se suspendent aux balances et deviennent le décor de la fête du village. Elles incarnent une identité locale, un savoir-faire familial et la volonté de faire vivre une production qui fait la réputation de la commune. Mais derrière cette célébration se dessinent aussi les mutations d'une agriculture qui cherche à concilier traditions, rentabilité et pratiques plus respectueuses de l'environnement.

La cerise comme fierté locale

Pour Redjan, producteur de cerises, cette culture est bien plus qu'une source de revenus, elle fait partie de l'identité de Godolesh et mérite d'être transmise aux générations suivantes. « Même si notre village compte peu de familles, nous essayons de développer une agriculture plus biologique ». Cette année, les conditions étaient réunies pour réaliser une bonne saison, même si tout n'a pas été simple. « Nous avons bénéficié d'une météo favorable et la demande a été bonne, aussi bien sur le marché intérieur qu'à l'exportation. Nous rencontrons toutefois quelques problèmes d'infrastructures, notamment parce qu'il nous faudrait un point de collecte. Nous allons essayer de profiter des subventions proposées par le ministère. »

Au-delà des questions économiques, Redjan s'interroge aussi sur l'avenir de son village. « Aujourd'hui, les jeunes veulent partir et ne souhaitent plus poursuivre ces traditions agricoles. Il faudra voir comment les choses évolueront afin que cette production ne disparaisse pas, car notre village est connu pour ses cerises. »

les cerises s'exposent, se suspendent aux balances et deviennent le décor de la fête © Gledian Llatja

Cultiver autrement à Elbasan

L'expérience de Godolesh s'inscrit dans une évolution plus large observée dans la région d'Elbasan. Face à la hausse du coût des pesticides, plusieurs agriculteurs se tournent en effet vers des pratiques plus durables. Cette évolution passe notamment par le développement du contrôle biologique des ravageurs dans les serres. Cette méthode remplace les traitements chimiques par des insectes utiles et des organismes naturels capables de protéger les cultures, sans nuire à l'environnement ni à la santé des consommateurs. Les producteurs peuvent ainsi maintenir, voire augmenter leur production tout en réduisant d'environ 40 % leurs dépenses en pesticides.

Godolesh n'est pas un cas isolé. Dans toute la région d'Elbasan, d'autres agriculteurs expérimentent eux aussi des pratiques destinées à réduire leur dépendance aux produits chimiques. Parmi eux, l'oléiculteur Nazmi Meti a remplacé ses pompes au diesel par un système d'irrigation alimenté par des panneaux solaires. Les résidus de taille de ses oliviers sont désormais recyclés en engrais organique. « Avant cet investissement, nous utilisions des pompes à diesel et les coûts étaient très élevés. »

Gëzimi, producteur d'huile d'olive à Elbasan, constate lui aussi les effets de cette évolution. « La demande de produits bio et certifiés a fortement augmenté. ». Les producteurs interrogés partagent le même constat. Les méthodes biologiques ouvrent davantage de débouchés sur les marchés européens, même si les volumes restent parfois inférieurs à ceux obtenus avec des traitements chimiques.

Ces initiatives sont soutenues par le Centre des ressources et de l'environnement en Albanie (REC Albania), avec l'appui du Fonds d'adaptation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce programme finance notamment de nouveaux équipements destinés à alléger le travail des exploitants et à réduire leurs coûts.

Une agriculture biologique émergente

Ces initiatives restent encore minoritaires en Albanie, où l'agriculture représente entre 17,9 % et 18,5 % du PIB. Face à une demande européenne croissante pour des produits cultivés sans produits chimiques, le pays cherche progressivement à développer l'agriculture biologique.

Selon les dernières données officielles, l'Albanie compte environ 230 exploitations et opérateurs certifiés, contre une quarantaine seulement en 2019. Plus de 2 000 hectares sont aujourd'hui certifiés ou en cours de conversion. Cette progression demeure toutefois modeste : ces surfaces représentent à peine 0,28 % des terres agricoles du pays.

Les perspectives concernent notamment les plantes médicinales et aromatiques, un secteur dans lequel l'Albanie dispose d'un fort potentiel de développement. Pour les petites exploitations, cette évolution répond aussi à une réalité économique. Selon le rapport international The World of Organic Agriculture, la hausse du prix des engrais et des pesticides importés réduit les marges des exploitations familiales. Les pratiques biologiques apparaissent ainsi comme un moyen de limiter les coûts tout en répondant à une demande croissante.

Des obstacles encore nombreux

Si les initiatives menées dans la région d'Elbasan montrent qu'une autre agriculture est possible, leur généralisation reste un défi. Le développement de l'agriculture biologique se heurte au coût de la certification, au morcellement des terres et à une période de conversion de deux à trois ans, durant laquelle les rendements peuvent diminuer sans que les exploitations bénéficient encore du label bio.

À ces contraintes s'ajoute un manque d'information sur les bénéfices à long terme de ces pratiques. Beaucoup d'agriculteurs continuent donc à utiliser des produits chimiques, malgré leur coût croissant et leur impact sur les sols.

Le contrôle biologique exige également un accompagnement technique et des formations adaptées. Pour éviter que ces expériences restent isolées, les experts estiment que le développement de coopératives ou d'associations de petits producteurs permettrait de mutualiser les coûts de certification et de garantir des volumes suffisants pour l'exportation.

À Godolesh, la Fête de la cerise témoigne déjà de l'attachement des habitants à leur production. Reste à savoir si cette dynamique locale pourra contribuer à la transition de l'agriculture albanaise vers des pratiques plus durables.

© Gledian Llatja

Photo de Une © Gledian Llatja