Continent méditerranéen

Saison Méditerranée 2026 : une manifestation culturelle devenue un acte politique !

Au moment où les guerres, les replis identitaires et les fractures diplomatiques traversent le bassin méditerranéen, Marseille a officiellement lancé vendredi 15 mai la Saison Méditerranée 2026. Dans le bâtiment prestigieux qui surplombe le Vieux-Port, le Palais du Pharo, ministres, diplomates, artistes, responsables culturels et ambassadeurs des pays partenaires ont tenté de réaffirmer, par la culture, l’existence d’un espace commun entre les deux rives. Une ouverture hautement politique et diplomatique pour une manifestation voulue par Emmanuel Macron dès 2023, dans une ville devenue le symbole assumé d’une Méditerranée métissée, traversée par les mémoires, les conflits… mais aussi par le désir de dialogue.

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Saison Méditerranée 2026, la culture comme diplomatie des deux rives
22-med – mai 2026
• À Marseille, la Saison Méditerranée 2026 s’ouvre dans un contexte de guerres, de fractures diplomatiques et de crispations identitaires.
• Entre discours politiques et Parlement des mères méditerranéennes, la culture devient un espace de dialogue, de mémoire et de résistance citoyenne.
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Rarement une saison culturelle française aura été lancée dans un contexte aussi lourd. Gaza, Liban, montée des nationalismes européens, crises migratoires, tensions identitaires… Tous les discours prononcés au Palais du Pharo ont été traversés par cette actualité géopolitique. Devant plusieurs centaines d’invités, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a évoqué la dimension stratégique de cette initiative voulue par l’Élysée. « La Méditerranée se réchauffe plus vite que le reste du monde (…), elle est aussi un espace vulnérable sur le plan géopolitique », a-t-il déclaré avant d’évoquer « une crise humanitaire qui ne faiblit pas ». Dans un passage particulièrement remarqué, le ministre a aussi rappelé la position française sur la Palestine. « Cette reconnaissance est avant tout un acte de justice historique qui affirme le droit fondamental à l’autodétermination du peuple palestinien, a affirmé Jean-Noël Barrot. Et la seule véritable manière de combattre les extrémismes ».

La culture comme avant post de la diplomatie !

La Saison Méditerranée doit se déployer jusqu’au 31 octobre dans 60 villes françaises, avec plus de 500 événements culturels, scientifiques et citoyens. Elle rayonnera aussi dans plusieurs pays partenaires de la rive sud, notamment au Liban, au Maroc, en Tunisie, mais aussi en Algérie et en Égypte, via le réseau diplomatique et culturel français.

La présidente de l’Institut Français en charge de l’opération, Eva Nguyen Binh, a souligné le caractère exceptionnel du dispositif : « C’est la première fois qu’une saison ne célèbre ni un pays, ni une ville, mais un continent et un espace partagé ». Le choix de Marseille pour ouvrir l’évènement n’avait rien d’anodin.  Car la ville concentre à elle seule une grande partie des mémoires méditerranéennes françaises : migrations algériennes, italiennes, arméniennes, libanaises, tunisiennes ou marocaines.

Le lancement de la saison méditerranée a respecté le protocole républicain français notamment dans l’ordre
des prises de paroles. 1 Benoit Payan maire de Marseille. 2 Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des
Affaires étrangères. 3 Catherine Pégard, ministre de la Culture. 4 Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut
Français. 5 Julie Kretzschmar, en charge de la programmation de la saison méditerranée 2026 © DR

Marseille comme capitale symbolique des deux rives

Dans un long discours très applaudi, le maire de Marseille Benoît Payan a revendiqué pour sa ville un rôle de « capitale de la diplomatie méditerranéenne ». « La Méditerranée n’est pas condamnée. Elle ne doit pas être réduite aux tragédies contemporaines », a déclaré l’édile marseillais avant d’évoquer « une civilisation de la rencontre ». Revenant sur l’histoire migratoire de Marseille, Benoît Payan a décrit une ville façonnée par les exils successifs : « Dans ces rues vivent les mémoires de l’Arménie, de l’Algérie, du Liban, d’Italie, de Tunisie, du Maroc, de l’Égypte ».

Puis il a adressé un message direct aux artistes présents : « Ici, à Marseille, nous voulons défendre une culture vivante, ouverte, audacieuse ». Avant de lancer : « Continuez de secouer, continuez de ne rien lâcher. Jamais ».

La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a encore insisté sur cette dimension historique et humaine. « Ici, à Marseille, nous sommes les dépositaires des mémoires et des imaginaires », a-t-elle déclaré. Cette saison nous invite à nous mettre à l’écoute de toutes les voix méditerranéennes ». Même tonalité chez Julie Kretzschmar, en charge de la programmation, qui a souhaité qu’elle soit un outil de résistance culturelle face aux crispations identitaires : « Cette saison fait le pari que seule la pluralité véritable (…) peut fonder l’universel », a-t-elle expliqué, évoquant « une France traversée par les identités méditerranéennes ».

Culture, exil et liberté de création

La question de la liberté artistique a occupé une place centrale lors de cette soirée inaugurale. Jean-Noël Barrot a annoncé que le poète palestinien Mahmood Asher avait obtenu son visa pour participer à la saison culturelle française. « D’autres suivront », a assuré le ministre, évoquant aussi le programme PAUSE qui a permis d’accueillir en France plus de 600 artistes, chercheurs ou intellectuels empêchés de créer librement dans leur pays.

Mais c’est surtout lors d’un échange avec quelques journalistes, à l’issue de la cérémonie officielle, que Benoît Payan a donné à la soirée sa tonalité la plus politique. « Je suis très inquiet de ce qui risque de se passer pour les élections présidentielles l’année prochaine en France, a déclaré le maire de Marseille. Si demain notre pays devait basculer du côté obscur de son histoire, alors nous aurions une responsabilité particulière ». Et le maire de conclure sur une promesse de résistance municipale face aux tentations identitaires : « Marseille restera une ville ouverte ».

Le Parlement des mères méditerranéennes

Le lendemain de cette ouverture officielle, le premier grand rendez-vous artistique de la Saison Méditerranée confirmait cette orientation politique assumée. Au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), le dramaturge et metteur en scène Mohamed El Khatib présentait Mères Méditerranées, une performance réunissant des femmes issues des 22 pays du pourtour méditerranéen. La salle, pleine à craquer, a dû refuser du public.

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