Grèce

Les habitants de Sifnos se démènent pour avoir un nouveau pédiatre

Alors que le tourisme est présenté comme la première ressource de la Grèce et que les îles figurent parmi les destinations les plus fréquentées du pays, des habitants de ces territoires estiment que des services essentiels comme l’accès aux soins restent fragiles. Dans la très touristique Sifnos, où vivent environ 1 800 habitants, des parents craignent désormais le départ de l’unique pédiatre.

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Les habitants de Sifnos se démènent pour avoir un nouveau pédiatre
22-med – mai 2026
• À Sifnos, les habitants financent logements pour médecins et évacuations sanitaires face aux fragilités de l’accès aux soins.
• Sur cette île des Cyclades, l’éventuel départ de l’unique pédiatre ravive les inquiétudes autour de l’avenir des petites communautés insulaires.
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À Sifnos, le départ prévu en juillet de l’unique pédiatre qui exerce sur l’île ravive les inquiétudes autour de l’accès aux soins. Bien qu’un poste de remplacement ait été ouvert, des habitants craignent une période sans suivi médical pour les enfants, évoquant le sous-effectif chronique, le coût élevé de la vie et les conditions de travail difficiles pour les médecins dans les petites îles. Comme dans de nombreux territoires méditerranéens, la question ne porte plus seulement sur le nombre global de médecins, mais aussi sur leur répartition géographique. Tandis que les grandes villes restent relativement bien couvertes, les îles, les zones rurales ou les régions montagneuses peinent à maintenir une offre de soins de proximité.

Un logement gratuit pour le prochain pédiatre

Installé sur l’île depuis 2017, Zannis Kontonasios, professeur de lettres et père de six enfants, estime que Sifnos offre un cadre de vie idéal aux familles. Mais l’incertitude autour de l’accès aux soins l’inquiète particulièrement. « Sur notre île, il y a beaucoup d’enfants, plus de 500, mais nous sommes obligés de combler nous-mêmes des manques qui devraient être pris en charge par les institutions. En prévision du départ de la pédiatre et afin de rendre l’île attractive pour le prochain médecin, nous avons garanti un logement gratuit pour les deux prochaines années », explique-t-il. Il ajoute que la communauté a également lancé une autre initiative : « Avec l’aide de la toute nouvelle association de la Jeunesse de Sifnos, nous avons aussi mis en place un système collectif pour financer les évacuations sanitaires. De quoi avoir accès à un hélicoptère privé en cas d’urgence. »

Pour lui, la question de l’accès aux soins a pris une tournure très concrète en 2020, lorsque son quatrième fils, alors âgé de 45 jours, a présenté une forte fièvre et un faible taux d’oxygène dans le sang en pleine tempête.

Quand la météo isole l’île

« Ce jour-là, il y avait force 11 et la tempête faisait rage. Plus rien ne circulait. Il y avait une interdiction de navigation et nous étions bloqués, ce qui était vraiment terrifiant », se souvient-il. « Finalement, après environ six heures, un hélicoptère de la marine militaire est venu évacuer mon enfant et ma femme vers un hôpital d’Athènes. »

Selon lui, cet épisode a brutalement mis en lumière un problème ancien pour les habitants de Sifnos. Particulièrement en hiver, les liaisons maritimes sont fortement réduites et les conditions météorologiques isolent souvent l’île. Il décrit le réseau maritime hivernal comme « tragique » et souligne qu’entre novembre et mars, Sifnos n’est reliée au Pirée que quelques jours par semaine. Cette réduction des navettes complique aussi l’accès aux soins hospitaliers, notamment lorsqu’un transfert vers Syros, où se trouve l’hôpital le plus proche, devient nécessaire.

Il critique également vivement les conditions de certaines évacuations sanitaires maritimes. « Ce sont des bateaux touristiques, mal équipés, sans oxygène ni matériel adapté aux urgences médicales, décrit-il. Le patient est allongé sur une banquette et le médecin qui accompagne le transfert doit apporter lui-même tout le matériel nécessaire. L’État nous traite comme des citoyens de troisième ou quatrième catégorie. »

Ici, on s’en remet davantage à Dieu qu’aux hommes

Pour Maria Trapali, mère d’un enfant et professeure de français installée sur l’île, la possibilité que Sifnos se retrouve sans pédiatre renforce l’inquiétude déjà présente chez de nombreux parents, particulièrement durant l’hiver.

« Ceux qui vivent ici savent qu’ils jouent leur vie à pile ou face, eux comme leurs enfants. Ce n’est pas un hasard si chaque famille possède chez elle une icône de la Vierge ou d’un saint protecteur. Ici, on s’en remet davantage à Dieu qu’aux hommes. Nous faisons des vœux, nous organisons des fêtes religieuses pour que Dieu nous aide. Presque toutes les familles d’ici peuvent raconter une histoire de perte liée aux difficultés d’accès aux soins hospitaliers. »

Selon elle, la générosité et la disponibilité permanente de la pédiatre n’ont pas été reconnues à leur juste valeur, au point de la pousser à démissionner face à une charge de travail devenue trop importante. « Elle ne s’occupait pas seulement des enfants de l’île, mais aussi de ceux qui arrivent durant les mois d’été. La saison estivale a été extrêmement difficile pour elle. Les habitants commencent à se mobiliser pour que le prochain médecin ait au moins un logement assuré, mais je pense qu’il est déjà un peu tard. On ne peut pas attendre le dernier moment pour réagir. »

Il est difficile d’accepter cette réalité

Pour Zannis Kontonasios, l’enjeu dépasse les inquiétudes immédiates des parents et touche l’avenir même de l’île. « Si les problèmes de liaisons maritimes et d’accès aux soins étaient résolus, Sifnos n’aurait rien à envier aux autres régions de Grèce, car elle a tout. Ces dernières années, de plus en plus de personnes choisissent de s’installer durablement à Sifnos. Mais lorsque quelqu’un est habitué aux services et aux infrastructures d’Athènes ou d’autres grandes villes, il lui est difficile de s’adapter aux réalités de l’île. La peur finit par s’installer. » 

Il y a quelques jours, un couple originaire des Cornouailles, au Royaume-Uni, s’est renseigné sur la crèche de l’île, car il prévoit d’emménager définitivement à Sifnos à partir de septembre. Une perspective qui réjouit de nombreux habitants, alors que l’île cherche à attirer de nouvelles familles et à encourager les installations durables. Mais pour beaucoup, cette situation met aussi en lumière une contradiction difficile à ignorer. Comment convaincre de nouveaux habitants de s’installer lorsque des services essentiels comme l’accès aux soins restent aussi fragiles ? »

Sifnos attire des milliers de touristes en saison, comme ici à l'église des Sept Martyrs © Faidra Mavrogiorgi

Zannis Kontonasios est professeur de lettres et propriétaire de l’institut privé « Glossa Technè », basé à Apollonia, à Sifnos. Il a étudié la philologie classique à l’Université nationale et capodistrienne d’Athènes avant de compléter le programme de master « Théorie, pratique et évaluation du travail éducatif », avec une spécialisation en conception pédagogique et en enseignement.

Photo de Une : Sifnos offre un cadre de vie idéal aux familles © Faidra Mavrogiorgi