France

Sortir l’écologie des cercles militants pour toucher le grand public !

À Cosquer Méditerranée, un site culturel emblématique situé sur le Vieux-Port de Marseille (sud de la France), plusieurs milliers de visiteurs ont croisé, souvent sans l’avoir prévu, les enjeux environnementaux qui traversent la Méditerranée. Ce lieu, reproduction d’une grotte préhistorique aujourd’hui menacée par la montée des eaux, est devenu les samedi 25 et dimanche 26 avril 2026, le théâtre d’une mobilisation intégrée aux “72h de l’écologie”. Derrière cet événement, l’association Un Prétexte défend une approche directe des habitants. De quoi sortir l’écologie de ses cercles initiés pour l’ancrer dans le quotidien, avec une sensibilisation pensée pour tous les publics, d’Istanbul à Barcelone.

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Sortir l’écologie des cercles militants pour toucher le grand public
22-med – avril 2026
• À Marseille, les “72h de l’écologie” investissent Cosquer Méditerranée pour sensibiliser un public élargi, au-delà des cercles militants.
• En misant sur la pédagogie et la proximité, l’événement fédère acteurs locaux et citoyens autour des enjeux du littoral et de la biodiversité marine.
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Pendant deux jours, sur l’esplanade du J4 à Marseille, stands, ateliers et conférences ont rythmé un événement consacré au littoral méditerranéen, réunissant associations, scientifiques et acteurs de terrain.

Conçu pour “attraper” un public non sensibilisé

Sur le papier, la manifestation qui rassemblait des dizaines d’associations et acteurs de l’écologie était des plus classiques. Le dispositif avait toutefois été conçu pour capter l’attention d’une cible beaucoup plus large. Hugo Gattuso est le directeur général de l’association Un Prétexte, coorganisateur des “72h de l’écologie”.  “L’astuce, c’est d’essayer vraiment de toucher des gens qui ne seraient pas attirés spontanément vers des événements en lien avec l’écologie.”

Installé dans un lieu touristique majeur, le dispositif capte un public de passage, venu avant tout visiter la grotte Cosquer. Résultat : une sensibilisation “par surprise”, loin des formats militants classiques. “Les gens arrivent dans le musée, ils viennent voir Cosquer, et ils se retrouvent à découvrir des stands de sensibilisation. Même si on touche seulement une partie d’entre eux, c’est déjà gagné.” Au total, entre visiteurs, participants inscrits et passants, l’événement aurait touché près de 5 000 personnes sur le week-end. Dix fois plus qu’une manifestation destinée aux seuls militants des causes environnementales.

Fédérer un écosystème local en pleine structuration

Au-delà du grand public, l’événement joue un rôle de mise en réseau. Marseille voit émerger depuis plusieurs années un maillage dense d’acteurs engagés dans la transition écologique. “Il y a de nombreuses communautés d’acteurs sur le territoire. Ce type de manifestation permet de nous rassembler et surtout de montrer nos complémentarités.” Des structures officielles comme le Parc national des Calanques, des ONG du type Surfrider Foundation Europe ou encore des initiatives locales de recyclage et de sensibilisation via des associations étaient présentes, aux côtés de chercheurs issus d’universités méditerranéennes. Cette logique de convergence répond à l’enjeu stratégique de rendre lisible une multitude d’actions souvent dispersées. “Chaque acteur poursuit une mission dans ce grand maillage qui se nourrit des complémentarités. L’afficher permet de crédibiliser l’ensemble des actions menées et que le public comprenne ce qui est en train de se passer souvent dans l’ombre.”

Pollution plastique et réchauffement : les alertes convergentes

Derrière la diversité des intervenants, deux priorités ressortent nettement. La première concerne la pollution plastique, omniprésente en Méditerranée.

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“C’est un sujet prioritaire. Une fois que les microplastiques sont dans l’eau, on ne peut plus rien faire. Ils contaminent les écosystèmes, puis les poissons… et ensuite nous.” La seconde alerte porte sur le réchauffement de la mer, particulièrement rapide en Méditerranée explique Hugo Gattuso : “On voit un changement drastique des écosystèmes. Certaines algues invasives prolifèrent parce que les eaux sont plus chaudes, et elles détruisent les espèces locales.” Ces constats, largement partagés par les scientifiques présents, traduisent une réalité désormais tangible sur le littoral marseillais.

Sortir d’une écologie “punitive”

Si le diagnostic est sévère, le ton de l’événement tranche avec les discours anxiogènes. “Les gens sont un peu fatigués d’une écologie punitive où on leur dit ce qu’il ne faut pas faire.” Le pari de l’association Un Prétexte est de parler d’écologie à partir du quotidien de chacun -alimentation, énergie, modes de vie – plutôt que d’interpeller sur le mode de l’injonction. “Les gens ont envie de parler de leur vie. À nous d’y intégrer des messages scientifiques, sans les braquer.”

Cette approche, plus pédagogique que militante, semble porter ses fruits. Selon Hugo Gattuso, une dynamique de fond est à l’œuvre à Marseille. “On voit une population qui commence à mieux comprendre les enjeux. Le réseau d’acteurs très variés qui travaillent sur l’écologie commence à avoir un impact réel sur la population.”

Une écologie de proximité, en train de changer d’échelle

Ce type d’événement révèle une évolution plus large. L’écologie descend dans la rue, s’installe dans les lieux de vie, et cherche à élargir son audience. Moins verticale, plus incarnée, elle tente de s’adresser à ceux qui ne se sentent pas directement concernés. À Marseille, la mer reste le meilleur levier pour mobiliser. Le choix du littoral comme fil conducteur n’est pas anodin. “La Méditerranée, c’est ce qui parle aux Marseillais. C’est un point d’entrée évident pour aborder les transitions écologiques.” La grotte Cosquer, menacée par la montée des eaux, incarne à elle seule cette urgence. Un symbole concret, visible, qui permet de relier science, patrimoine et changement climatique.

En octobre prochain, la ville lancera la première édition de la « Largade ». Une fête de la mer qui entend s’inspirer de la célèbre Barcolana, grande régate populaire qui se tient chaque année à Trieste, dans le golfe de l’Adriatique. Créée en 1969, cette dernière rassemble des milliers de voiliers, du professionnel à l’amateur, ce qui en fait l’une des plus grandes courses au monde en nombre de participants. Au-delà de la compétition, c’est une véritable fête maritime avec des événements culturels, concerts et animations autour de la mer. A Marseille, au-delà des épreuves sportives qui mettront en valeur tous les sports aquatiques, l’accent sera mis sur la protection du littoral et de la biodiversité.

Le dispositif capte un public de passage, venu avant tout visiter la grotte Cosquer ©Hugo Gattuso

Docteur en chimie théorique formé à Nancy et Strasbourg, Hugo Gattuso a mené des recherches en Europe (Liège, Madrid) sur l’informatique quantique et la production d’hydrogène, avec une quarantaine de publications scientifiques. Il choisit ensuite de réorienter son parcours vers la médiation scientifique. Fondateur de l’association Un Prétexte, il développe à Marseille des événements mêlant sciences, société et transitions écologiques. « Cet événement sur la protection de la mer, du littoral et de la biodiversité marine est le plus gros jamais organisé à Cosquer Méditerranée sur ses quatre ans d’existence et je suis assez fier du travail qui a été réalisé. Je les remercie profondément pour la confiance qu’ils ont en nous parce qu’on a quand même pas mal investi le musée ».

Ont participé au 72h de l’écologie le samedi 25 et le dimanche 26 avril 2026
Parc national des Calanques, FNE PACA, Blue Odyssey Initiative, Juste 2.0°C, Aix-Marseille Université (MIO), Made in the River Ocean Academy ,Wings of the Ocean, Planète Mer,  MerTerre, Sauvage Méditerranée, Recyclop, Seablocks, Terr’Elles, Surfrider Foundation, Tatsucolor, Watch the Sea, Université de Toulon, Les Amis du Marégraphe, Poésie in the City ,Mars’Impact, Bourlingue et Pacotille.

Photo de Une : À Marseille, les “72h de l’écologie” investissent Cosquer Méditerranée ©Hugo Gattuso