ESG Stories a participé à une Masterclass d’Elafonisos ECO, en collaboration avec le Stelios Foundation, consacrée au poisson-lion qui provoque un véritable chaos dans les écosystèmes marins. Dans les eaux de la Méditerranée sud-orientale, cette espèce invasive bouleverse les équilibres, inquiète pêcheurs et scientifiques et oblige à repenser les modes de gestion. Entre menace écologique et opportunité économique, sa prolifération oblige à repenser les réponses.
22-med s’associe au média grec ESGstories et publie le jeudi une sélection d’articles pour un regard scientifique sur les enjeux méditerranéens.
Par Christina Yavasoglou
Un petit poisson, pesant au maximum 1,1 kg, aux nageoires impressionnantes qui s’ouvrent en lui donnant l’allure d’une crinière de lion, et orné de taches noires fantaisistes, a semé le trouble chez les chercheurs des écosystèmes marins. Qu’est-ce qui peut bien nous préoccuper avec cette créature, et pourquoi le mot d’ordre des organisations environnementales est-il « Pêchez-le ! » plutôt que « protégez-le ! » ?
De l’océan Indien à la Grèce
Il s’agit du — progressivement — célèbre poisson-lion (ou rascasse volante), qui a fait son apparition ces dernières années dans les mers du sud-est de la Méditerranée, provoquant un désordre dans l’écosystème marin. L’ouverture du canal de Suez, ainsi que l’augmentation de la température de la mer liée au changement climatique, ont conduit le poisson-lion à quitter son habitat principal, l’océan Indien, pour se déplacer vers d’autres écosystèmes marins. Et il y est parvenu ! Aujourd’hui, il forme des bancs aussi bien en Méditerranée que dans les Caraïbes.

Comme l’explique le docteur en biologie marine Théodoros Kampouris à ESG Stories : « Il s’agit d’un poisson extrêmement adaptable, qui, grâce au venin présent dans ses nageoires, mais aussi à une morphologie qui lui permet d’engloutir de petits poissons, évolue avec une totale assurance dans les eaux où il se déplace ».
En effet, le poisson-lion possède un venin, qu’il utilise principalement pour se défendre contre les poissons plus grands. « Ce venin n’est pas particulièrement dangereux pour l’homme, mais il est certainement douloureux. Sa base étant protéique, le traitement recommandé consiste à immerger la zone piquée dans de l’eau très chaude pendant 30 à 90 minutes afin que la protéine se dissolve naturellement », indique M. Kampouris.

2 millions d’œufs par an et des tonnes de nourriture !
La présence de ce poisson spectaculaire en Méditerranée sud-orientale inquiète les pêcheurs comme les organisations environnementales. En cause : le poisson-lion se nourrit d’énormes quantités de juvéniles, décimant ainsi des populations de poissons comme les mérous, les daurades et les crevettes. Notons que, malgré son faible poids et sa petite taille, ce poisson reste… extrêmement vorace !
M. Kampouris précise : « Les poissons-lions consomment des quantités équivalentes à 30 % de leur poids. Imaginez cela à l’échelle humaine pour comprendre ces volumes extravagants. Il n’est pas rare que des pêcheurs trouvent des poissons-lions littéralement gavés ! »
Par ailleurs, les poissons-lions présentent un taux de reproduction très élevé. Chacun pond environ 40 000 œufs tous les quatre jours, soit 2 millions d’œufs par an ! Résultat : les pêcheurs voient leurs prises diminuer, tandis que les environnementalistes parlent d’« une menace immédiate pour les mers de la Méditerranée ».

Le poisson-lion… comme opportunité économique
L’un des groupes actifs en Grèce pour gérer ce problème est Elafonisos ECO. L’organisation organise chaque année une Masterclass dédiée au poisson-lion, en collaboration avec le Stelios Foundation, fondation de Stelios Haji-Ioannou, fondateur et propriétaire du groupe « Easy ». Cette année, ESG Stories y a participé, en relevant le défi du « lionfish tasting » !
Elafonisos ECO a lancé une vaste campagne invitant le public à considérer cet « invité indésirable » comme une opportunité commerciale.
Leur priorité est de « rétablir la vérité » sur la question de sa consommation. Beaucoup hésitent naturellement à manger un poisson venimeux. Pourtant, le poisson-lion n’est pas seulement sans danger à la consommation : c’est aussi un met de grande qualité, avec peu d’arêtes, un filet propre, qui rappelle la rascasse, plus onéreuse ! Il peut donc être largement utilisé dans la gastronomie grecque, y compris en cuisine gastronomique.
Ils ont également élaboré une série de propositions pour valoriser ce poisson à travers différentes transformations, afin de favoriser sa pêche à grande échelle et générer des bénéfices. Comme l’explique Katerina Kokkinaki, directrice marketing d’Elafonisos ECO : « Le poisson-lion contient beaucoup de collagène, qui peut être utilisé dans des produits cosmétiques, et son motif corporel unique peut inspirer des bijoux ».
D’autres pistes sont actuellement explorées, notamment son utilisation dans l’alimentation animale, afin de lui donner une valeur ajoutée et d’encourager sa capture.

Le Stelios Foundation en route vers la durabilité
Ces dernières années, le yacht de plaisance MY Klelia, appartenant à la famille Haji-Ioannou, a été mis à disposition du Stelios Foundation comme navire de formation. Chaque année, étudiants et écoles y découvrent la mer et les services touristiques liés à ce type de bateaux.
Lors de la dernière Masterclass, des étudiants du BCA College ont découvert le poisson-lion et appris à le cuisiner, contribuant ainsi à réduire la peur du public et à limiter le risque environnemental.
De son côté, David Watson, trustee du Stelios Foundation, déclare : « Avec l’association Elafonisos Eco, le BCA College et le chef Ilias Kiazolis, nous montrons comment l’apprentissage expérientiel et la gastronomie durable peuvent transformer un défi environnemental en solution. En apprenant à valoriser le poisson-lion, les jeunes chefs de yacht, boursiers du Stelios Foundation, protègent la mer et soutiennent les communautés locales ».
Un poisson qu’il faut apprendre à manger
Cet invité indésirable a certes semé le désordre, mais sur le plan gustatif, il n’a rien à envier aux autres produits de la mer. Tôt ou tard, nous apprendrons à le consommer, à le transformer, à le valoriser — simplement parce que la nature ne nous demande pas notre avis sur les changements qu’elle impose, surtout en pleine crise climatique.


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