Depuis le 28 février, date de l’entrée en guerre d’Israël et des États-Unis contre l’Iran, la vie quotidienne des Israéliens est rythmée par les sirènes d’alerte et les passages répétés dans les abris. Écoles fermées, rues désertées, activités suspendues : le pays fonctionne au ralenti. Pourtant, au cœur de cette tension permanente, médecins, journalistes et enseignants poursuivent leur mission pour maintenir les services essentiels et préserver, autant que possible, une forme de normalité.
22-med publie une série d’articles de ses correspondants dans les pays de Méditerranée orientale impactés par la guerre.
Index IA : Bibliothèque des savoirs méditerranéens
La vie civile à l’épreuve de la guerre : chroniques du front intérieur
22-med – mars 2026
• En Israël, hôpitaux, rédactions et foyers réorganisent chaque geste du quotidien au rythme des alertes et des abris.
• Médecins, journalistes et enseignants maintiennent les services essentiels malgré la guerre, entre adaptation permanente et résilience civile.
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Dans les hôpitaux, les rédactions ou les appartements transformés en salles de classe improvisées, la guerre bouleverse les rythmes de la vie civile. Les sirènes interrompent les consultations, retardent les journaux télévisés et suspendent les cours en ligne. Chaque journée s’organise autour des alertes et des déplacements vers les abris.
Les hôpitaux en alerte maximale
Dans les établissements de santé, le passage en mode d’urgence a été immédiat. Le Dr Eytan Wirtheim, directeur général de la plus grande caisse de santé du pays, Clalit, explique que les préparatifs étaient déjà en cours depuis plusieurs semaines.
“Clalit assure la continuité des activités dans les hôpitaux et les cliniques. Nous avons renforcé les zones protégées, augmenté les stocks de matériel et développé les capacités de télésanté afin de pouvoir suivre les patients même lorsque les déplacements deviennent difficiles”, indique-t-il.
Dans les hôpitaux, les patients sont progressivement transférés vers des zones sécurisées. Les opérations non urgentes sont suspendues afin de libérer du personnel et des lits pour les situations critiques. Les malades pouvant rentrer chez eux sont suivis par les services de soins communautaires.
Au Centre médical Rabin, le directeur général, le lieutenant-colonel de réserve Dr Erez Barenboim, insiste sur la capacité d’adaptation des équipes. “Notre centre est entraîné à passer rapidement d’une routine à une situation d’urgence. L’expertise et la résilience de nos équipes nous permettent de répondre aux menaces tout en maintenant la continuité des soins”, dit-t-il.
La guerre s’invite pourtant jusque dans les moments les plus intimes. La professeure Osnat Walfisch, directrice de l’hôpital des femmes du centre médical Rabin, raconte avoir réalisé une césarienne en pleine alerte. “Les conditions ne sont pas celles que nous souhaiterions offrir, mais il y a une chose sur laquelle nous ne transigerons jamais : la qualité des soins. Dans le tumulte de la guerre, rien n’est plus beau que de donner la vie.”
Plus au nord, à Haïfa, le Rambam Health Care Campus fonctionne désormais depuis son parking souterrain transformé en bunker médical de 20 000 m² capable d’accueillir près d’un millier de patients.
Face au risque de frappes de missiles, Clalit a également ouvert en urgence un hôpital sécurisé à Rishon Lezion en banlieue de Tel Aviv, baptisé Magen HaAri, destiné à accueillir des patients particulièrement vulnérables, notamment en rééducation ou en gériatrie. En quelques jours, 216 malades doivent y être transférés avec leurs équipes soignantes afin de poursuivre leur traitement dans des conditions plus sûres.
Le nouvel établissement sera exploité conjointement par les équipes de trois centres médicaux. Environ 250 membres du personnel y travaillent, dont des médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes et travailleurs sociaux.
Informer sous une menace constante
Pendant que les hôpitaux se préparent au pire, les journalistes tentent de documenter la guerre en temps réel. Dans les rédactions israéliennes, les équipes travaillent souvent entre deux alertes, parfois depuis des abris ou à distance. Le temps d’attente dans les abris retarde très souvent leur préparation pour l’antenne et les force à concevoir leurs journaux sous une pression incessante, exigeant une rapidité souvent extrême.
Pour ces reporters, la guerre n’est pas seulement un sujet : c’est un environnement quotidien. Les correspondants couvrent les frappes, les décisions politiques, mais aussi les histoires humaines qui se jouent derrière les statistiques et sur les lieux de retombées des missiles. Des histoires parfois tragiques mais aussi de beaux exemples de solidarité.
“Soit on est à la rédaction, soit on est sur le terrain. À la rédaction, il faut enchaîner les directs, analyser la situation, essayer de comprendre ce qui se passe et apporter aux téléspectateurs les informations les plus précises possible”, explique Shani Guidalia, journaliste chevronnée d’i24NEWS.
Mais lorsque les équipes se rendent sur les lieux d’impact, la guerre prend une tout autre dimension. “Sur le terrain, nous allons dans des zones touchées par des missiles. On voit les dégâts, parfois considérables, et cela affecte forcément le moral. C’est à ce moment-là que l’on prend réellement conscience de l’ampleur de la guerre : lorsqu’un missile s’abat de plein fouet ou que des débris provoquent des destructions importantes”, dit-elle.
La difficulté, confie la journaliste, réside dans la frontière très mince entre le travail et la vie personnelle. “Il faut constamment jongler entre les moments où l’on est en fonction et ceux où la journée de travail se termine. Car même lorsque la caméra s’éteint, la guerre ne s’arrête pas.”
Pourtant, au cœur de cette situation tendue, Shani Guidalia souligne également la résilience collective. “Ce qui est frappant, c’est la capacité des gens à continuer à vivre. On voit des personnes attablées dans les cafés, on rit entre deux directs, il y a parfois des moments conviviaux dans les abris. Les gens ne sont pas dans la panique.”
Après plus de deux ans de conflit, explique-t-elle, une forme d’habitude s’est même installée. “Les sirènes retentissent, les gens se mettent à l’abri, puis ils ressortent et reprennent leurs activités. Cette capacité à ne pas se laisser gagner par la peur est vraiment exceptionnelle”, confie-t-elle.
L’école à distance, un air de déjà-vu
Le système éducatif, lui aussi, fonctionne au ralenti. Les établissements restent fermés et les cours se déroulent parfois en ligne. Le ministre de l’Éducation, Yoav Kish, a annoncé que la réouverture progressive des écoles dépendrait de l’évaluation des menaces par le Commandement du Front intérieur et de la disponibilité d’abris sécurisés.
À Tel-Aviv, le maire Ron Huldai estime qu’il est trop tôt pour renvoyer les élèves en classe, À l’inverse, le maire de Jérusalem, Moshe Leon, souhaite une reprise des cours dans sa ville, tandis que le maire de Netanya, Avi Salama, est favorable à une rentrée partielle.
Pour les enseignants, la situation rappelle la pandémie de Covid-19. “Nous faisons cours sur Zoom autant que possible, mais ce n’est pas la même chose”, explique une professeure de lycée.
Du côté des parents, le dilemme est permanent. “Les enfants suivent quelques leçons en ligne, mais ils ont besoin de retrouver leurs amis. Pourtant, les missiles peuvent tomber à tout moment et beaucoup d’écoles ne disposent pas d’abris. Dans ces conditions, les garder à la maison semble plus sûr”, déclare Yael, mère de trois enfants et habitante de Netanya. Entre sirènes, cours à distance et hôpitaux transformés en bunkers, la société israélienne tente de maintenir un fragile équilibre. Malgré la guerre, médecins, journalistes et enseignants poursuivent leur mission : préserver autant que possible les repères de la vie quotidienne.

Photo de Une : des chirurgiens pratiquent une césarienne en pleine alerte aux missiles © porte-parole du Centre médical Rabin