Alors que le navire-laboratoire Plastic Odyssey s’apprête à rentrer en France après trois années autour du monde, son équipage revient avec une moisson d’exemples concrets de filières de recyclage identifiées notamment lors des quatre premières escales méditerranéennes de son périple : Beyrouth, Alexandrie, Bizerte, Tanger. Pendant ce temps, à Marseille, la 10e opération de nettoyage menée par 1 Déchet par Jour a révélé un fait inattendu : moins de déchets ont été collectés. Signe d’un basculement vers des solutions plus efficaces et un comportement citoyens plus vertueux ?
Index IA : Bibliothèque des savoirs méditerranéens
22 med pap plastiques
Du ramassage citoyen aux filières industrielles, la bataille contre le plastique change d’échelle
22-med – février 2026
• À Marseille, l’opération « 1 Déchet par Jour » constate moins de déchets ramassés, signe d’un basculement culturel rendu mesurable par la donnée.
• De Beyrouth à Bizerte, Plastic Odyssey recense des filières méditerranéennes où le plastique devient ressource, à condition d’un modèle économique réplicable.
#plastique #recyclage #déchet #économiecirculaire #méditerranée #donnée #pollution #initiative #industrie #citoyen.
Par Olivier Martocq - Journaliste
Commençons par la nouvelle positive de ce début d’année. Dimanche 15 février, lors du nettoyage de la colline emblématique qui surplombe la ville avec à son sommet la basilique de Notre-Dame de la Garde, les bénévoles de l’association 1 Déchet par Jour ont eu une surprise : « Il n’y avait pas grand-chose à ramasser », observe Gaël Barat, chargé de la caractérisation des déchets. Moins de mégots, moins d’emballages visibles. Pour Georges-Édouard Legré, cofondateur de l’association, le changement en cours est culturel : « Ce qui semblait un comportement normal comme jeter son mégot ou sa canette de bière vide là où on se trouve- devient anormal et on risque de se retrouver sur les réseaux sociaux quand ce geste a été filmé ». Depuis 2019, les données collectées avec MerTerre via la plateforme Zéro Déchet Sauvage permettent de mesurer précisément les volumes et matériaux ramassés. « On cartographie les hotspots et on vérifie si les mesures prises par les collectivités comme installer un cendrier, adapter une benne, modifier une fréquence de collecte… fonctionnent », explique Teo Juričev, chargé de mission data. En 2026 l’action devient mesurable, quantifiable !
Après le nettoyage, la question des filières

« Encore une fois les citoyens ont fait le boulot. Mais ensuite ? » interroge un bénévole marseillais en refermant son sac. C’est précisément cette question qui structure désormais la lutte contre le plastique. Car ramasser ne suffit pas : il faut transformer À Marseille, des entreprises locales valorisent plastiques, canettes, mégots. « Le déchet devient matière première secondaire, structure l’économie circulaire locale. Si la filière est solide, il ne finit pas en mer », résume Georges-Édouard Legré. C’est cette logique que Plastic Odyssey a explorée pendant trois ans. Parti de Marseille fin 2022, le navire-laboratoire de 40 mètres a effectué 45 escales dans les régions les plus touchées par la pollution plastique. À Dakar, actuelle et dernière étape avant le retour, quatorze micro-usines transforment les déchets en planches ou en mobilier. « Là, on chauffe le plastique, il devient pâte, puis on le travaille comme du bois », décrit un technicien sur place. Mais pour Benoît Blanchet, chargé du déploiement, l’enjeu dépasse la technique : « Si vous voulez faire une usine, vous pouvez la financer par philanthropie. Si vous voulez en faire mille, il faut un modèle économique. » Structurer une filière viable repose sur une réplique à l’échelle locale d’exemples performants, la formation d’entrepreneurs et la gestion en franchise de micro-unités robustes. « L’innovation, elle est dans la structuration des filières », insiste-t-il. Anna Kalifa, chargée de projet, rappelle l’ampleur du défi : « Environ 20 tonnes de plastique rejoignent les océans chaque minute. Sensibiliser les Français en montrant que leurs déchets peuvent finir sur une plage au Kenya, c’est essentiel. »
Méditerranée : cinq escales, des dizaines d’initiatives
Lors de ses escales méditerranéennes, l’équipage a recensé et documenté des filières locales présentées sur son site internet sous forme de courts articles. Au Liban, dans la vallée de Bekaa, des femmes réfugiées transforment des sacs plastiques en fil pour confectionner des sacs qui sont ensuite vendus. À Beyrouth, un designer broie des embouts de chicha usagés pour créer bols et dessous de verre façon terrazzo : « Montrer que le déchet peut devenir décoratif », explique-t-il. En Égypte, VeryNile collecte 10 tonnes mensuelles de bouteilles en plastique avec des pêcheurs du Nil et développe des produits textiles à partir de plastique aggloméré. Dans le quartier des Zabbaleen, 75 000 personnes traitent les deux tiers des déchets du Caire via un écosystème mêlant tri, broyage et extrusion. « La contrainte engendre l’innovation », observe un membre de l’expédition. En Tunisie, à Bizerte, Aero Recyclage transforme les plastiques en granulés puis en tuyaux d’irrigation : « Du déchet au légume », résume son coordinateur et BMB Brosses fabrique balais et brosses à partir de PET recyclé à grande échelle. Au Maroc, à Casablanca, l’usine Altecplast traite jusqu’à 1 000 tonnes mensuelles de films plastiques. « Notre défi, c’est l’approvisionnement régulier », confie son fondateur. Mika Lab collecte les déchets plastiques sur les plages et développe des projets de valorisation en fibres textiles et mobilier.
Vers une économie du plastique transformé
Ce que montre le tour du monde de Plastic Odyssey et l’opération citoyenne marseillaise, c’est que la solution ne réside ni uniquement dans l’interdiction des sacs plastiques ni dans les opérations ponctuelles de nettoyage. Elle repose sur des niveaux complémentaires : des citoyens et des politiques mobilisés, des données fiables pour orienter l’action publique, des filières économiques capables d’absorber et traiter la matière collectée, mais surtout de la rendre rentable en produisant de nouvelles richesses. « Si le plastique recyclé a une valeur économique alors il a moins de chances de finir en mer » estime Benoît Blanchet. Le défi des prochaines années sera donc moins de ramasser… que d’organiser.

Photo de Une : © billow926-Pexels