Sur la côte sud de l’Albanie, à Himarë, ville tournée vers la mer Ionienne et le tourisme balnéaire, la mise en service d’une nouvelle station de traitement des eaux usées marque une étape importante pour la qualité environnementale et la santé publique. Longtemps confrontée aux rejets d’eaux non traitées, la municipalité cherche désormais à protéger ses écosystèmes marins et son économie locale. Ce projet d’infrastructure s’inscrit aussi dans une dynamique liée aux normes européennes et à l’amélioration durable des conditions de vie.
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Himarë transforme ses eaux usées pour protéger la mer Ionienne
22-med – février 2026
• À Himarë, une nouvelle station d’épuration met fin aux rejets directs en mer et améliore la qualité environnementale du littoral.
• Entre protection des écosystèmes, tourisme et normes européennes, l’assainissement devient un levier de transition pour la côte sud albanaise.
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Pendant des années, les eaux non traitées d’Himarë se déversaient directement dans la mer. Elles polluaient la côte et menaçaient la santé publique ainsi que les écosystèmes marins. Des eaux troublées et des odeurs désagréables faisaient partie du quotidien de la ville et des zones environnantes, limitant la qualité de vie des habitants et l’attractivité touristique. Or le tourisme constitue l’une des principales ressources économiques de la région.
Pour répondre à cette situation, une nouvelle station de traitement des eaux usées a été construite dans le cadre du programme Rural Water Supply IV, afin d’empêcher les rejets directs en mer Ionienne. L’opérationt, financé par l’Union européenne et le gouvernement allemand, a été mis en œuvre par KfW, banque publique allemande spécialisée dans le financement du développement, en collaboration avec le Fonds albanais de développement.
Il comprend également la pose d’un réseau d’égouts d’environ quinze kilomètres dans la ville d’Himarë, reliant habitations et établissements commerciaux à la station grâce à plusieurs stations de pompage.
Une infrastructure pensée pour la mer et les habitants
La station, installée hors de la ville à l’emplacement d’un ancien bassin de décantation, est dimensionnée pour traiter les eaux usées d’environ 16 000 habitants dans un premier temps puis, dans une seconde phase, jusqu’à 80 000 personnes. Le traitement biologique des eaux permet l’élimination du carbone et de l’azote sans recours à des produits chimiques. Quant à la désinfection, elle est réalisée par un système ultraviolet garantissant une eau traitée compatible avec la baignade, la vie marine et les plantes rares présentes dans la région, comme la posidonie.
Le processus de traitement est entièrement biologique. Un criblage mécanique élimine d’abord les déchets volumineux. Les graisses et huiles susceptibles de perturber le processus sont aussi retirées. L’eau passe ensuite dans des bassins d’aération où des micro-organismes décomposent la matière organique et réduisent la teneur en carbone et en azote.
Après sédimentation, les boues sont épaissies puis envoyées au séchage. L’eau traitée, elle est désinfectée par rayons ultraviolets, sans utilisation de produits chimiques avant d’être rejetée en mer à une profondeur de vingt-cinq mètres par un tuyau d’environ deux cents mètres.
Des impacts directs sur la qualité de vie et le tourisme
Le processus est surveillé en continu grâce au système de pilotage automatisé de la station et des analyses de laboratoire. Les boues restantes sont transportées et traitées en toute sécurité à Pilur, à quelques kilomètres de la ville. L’installation vise ainsi non seulement à éliminer la pollution des eaux, mais aussi à instaurer une nouvelle référence pour la gestion des eaux usées sur la côte sud de l’Albanie.
« Cela a été un problème majeur. La pollution nous inquiétait, car elle mettait d’abord nos vies en danger, sans parler de l’image que nous donnions aux touristes. Or, nous dépendons du tourisme. Ce traitement a déjà eu des effets, nous espérons que la situation ne se dégradera plus », déclare un habitant souhaitant rester anonyme.
Une infrastructure pensée pour l’avenir du littoral
Les responsables impliqués dans le projet voient là une étape importante vers un développement durable et une amélioration de la qualité de vie pour les communautés locales. Pour Mara Drochner, directrice de KfW en Albanie, « cela démontre comment les investissements dans l’infrastructure de l’eau et des égouts peuvent améliorer considérablement la qualité de vie, tout en protégeant l’environnement naturel ».
Belinda Balluku, vice-première ministre et ministre de l’Infrastructure souligne que « le projet couvre l’ensemble des établissements commerciaux côtiers et 80% des logements individuels. Cela constitue une intervention globale pour la ville et ses environs ».
L’administrateur de la station, Thimjo Gjinuci, décrit pour sa part l’impact direct de l’investissement sur la vie locale et le tourisme. «Deux zones de camping bénéficient déjà d’un environnement propre. Et la municipalité prévoit de relier le système d’égouts de Livadhit et envisager d’autres emplacements près des staions balnéaires de Qeparo et de Dhërmi ».
Un projet local inscrit dans la trajectoire européenne
Au-delà de son impact local, le projet possède une dimension stratégique. Le traitement des eaux usées fait partie des chapitres de négociation environnementaux dans le processus d’intégration européenne. Le respect des normes de l’Union européenne en matière de gestion des eaux usées constitue une exigence-clé pour les pays candidats.
Selon les représentants du projet, ces investissements contribuent directement à l’harmonisation avec les normes environnementales européennes et au renforcement des infrastructures publiques. Le cas de Himarë montre comment des interventions ciblées peuvent transformer un problème chronique en opportunité de développement.

Photo de Une : la nouvelle station de traitement des eaux usées d'Himarë, récemment inaugurée © EU Delegation to Albania