Palestine

Un ophtalmologiste développe un microscope 3D à partir d’un appareil classique

Comme le dit un proverbe palestinien, « la nécessité est la mère de l'invention ». Un principe que le Dr Omar Hamad, ophtalmologiste palestinien, a fait sien. Spécialisé dans les soins oculaires, il a mis au point un microscope 3D en adaptant un équipement standard existant, grâce à ses propres moyens et compétences. Cette initiative vise à améliorer la précision chirurgicale et les conditions de travail des médecins, tout en rendant la technologie 3D accessible dans un contexte marqué par des ressources limitées.

Index IA : Bibliothèque des savoirs méditerranéens
Un ophtalmologiste développe un microscope 3D à partir d’un appareil classique
22-med – janvier 2026
• En Palestine, un médecin adapte un microscope ophtalmologique classique pour le transformer en dispositif 3D performant, à faible coût.
• Une innovation médicale locale qui améliore la précision chirurgicale et ouvre des perspectives de modernisation pour les services de santé.
#palestine #santé #innovation #médecine #ophtalmologie #technologie #recherche #autonomie #méditerranée

Cette innovation change concrètement la pratique chirurgicale en ophtalmologie en rendant accessible une technologie dépendant jusqu’ici d’équipements très coûteux.

La motivation du DR Omar Hamad prend racine dans une conférence internationale, où un professeur étranger a refusé de répondre à ses questions techniques sur un microscope 3D. Et lui a suggéré d’acheter l’appareil plutôt que de chercher à le comprendre. « J’ai ressenti que les Arabes étaient perçus comme incapables d’innover. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de développer mon propre système. J’ai suivi pendant un an des conférences scientifiques et des publications spécialisées pour comprendre comment fonctionnent les systèmes 3D commerciaux », affirme-t-il.

En transformant un microscope standard, fabriqué en Allemagne et largement disponible sur le marché palestinien, en un dispositif 3D fonctionnel, Dr Omar Hamad a obtenu des résultats comparables à ceux de modèles commerciaux évalués à près de 275 000 euros (300 000 dollars), pour un coût de modification d’environ 18 500 euros (20 000 dollars).

Le système améliore la perception de la profondeur, le confort de travail du chirurgien et la précision des gestes, tout en permettant à l’équipe médicale de suivre les interventions en temps réel. Les premiers essais, menés sur des yeux d’animaux, montrent une augmentation de la facilité opératoire et de la probabilité de succès chirurgical. Ils ouvrent ainsi la voie à une modernisation à grande échelle des équipements existants sans dépendre de solutions importées et hors de portée financière.

De l’équipement existant à l’imagerie 3D

Le développement du microscope s’est déroulé en deux étapes distinctes. La première a consisté à intégrer des équipements supplémentaires et à tester l’appareil, tandis que la seconde s’est concentrée sur la réalisation d’examens et de procédures chirurgicales sur des animaux. « La première phase permet de vérifier la faisabilité technique, la seconde de tester les gestes chirurgicaux dans des conditions proches du réel », précise l’ophtalmologue.

Les modifications ont nécessité l’achat et l’installation de caméras, d’écrans, de puces et de lunettes 3D. « Une fois le système installé, la visualisation de la profondeur devient beaucoup plus claire », explique-t-il, évoquant à la fois un confort physique et psychologique accru pendant le travail.

Les images 3D ont ensuite été fusionnées via un système informatique à haute vitesse, reliant deux écrans côte à côte afin de reproduire la configuration des microscopes 3D commerciaux. L’installation d’un logiciel d’imagerie 3D a permis d’obtenir des résultats comparables à ceux des appareils haut de gamme.

La deuxième étape, actuellement en cours, repose sur des chirurgies expérimentales menées sur des yeux d’animaux, notamment de poissons*. « Les résultats préliminaires sont très positifs », affirme-t-il, indiquant que le système permet d’effectuer les procédures avec plus d’aisance et augmente la probabilité de succès chirurgical.

Surmonter les contraintes techniques et financières

Le développement du microscope n’a pourtant pas été sans obstacles. L’absence de sponsors pour la recherche scientifique l’a conduit à financer personnellement l’ensemble de l’équipement. La disponibilité limitée de composants spécialisés l’a contraint à passer de longues heures en ligne à négocier avec des fabricants, souvent réticents à traiter avec des particuliers plutôt qu’avec des entreprises.

Les défis techniques, en particulier la latence dans la transmission vidéo, ont été résolus de manière pragmatique. « J’ai utilisé des téléphones mobiles pour mesurer précisément les retards et garantir une imagerie 3D de haute précision », ajoute le Dr Omar Hamad.

Des vidéos issues des procédures expérimentales montrent des images 3D claires et superposées de l’œil, confirmant l’efficacité du microscope modifié. « Travailler avec ce système permet un meilleur contrôle sans effort physique excessif », souligne-t-il, tout en permettant à l’équipe médicale de suivre l’intervention en temps réel.

Un projet tourné vers le service public de santé

Installé dans son centre de soins et de chirurgie oculaire, encore en construction à Bethléem, le microscope modifié occupe désormais la salle principale. « Je considère cette initiative comme un accomplissement majeur, compte tenu des moyens modestes impliqués », souligne-t-il. Il espère que ce succès, qu’il qualifie de palestinien et arabe, contribuera à faire avancer la recherche scientifique et à favoriser des initiatives innovantes.

L’objectif n’est pas de commercialiser l’appareil. « Il s’agit avant tout d’améliorer les services d’ophtalmologie en Palestine et dans le monde arabe », insiste-t-il, soulignant le potentiel de conversion des microscopes standard existants en systèmes 3D.

Une fois l’ensemble des essais achevés, il prévoit de présenter son travail aux autorités médicales palestiniennes, au ministère de la Santé et à la presse. « J’espère que cette solution pourra être adoptée pour moderniser tous les microscopes utilisés par le ministère en capacité 3D », conclut-il.

* Les yeux de poissons sont couramment utilisés dans ce type d’essais en raison de la simplicité optique de leur cristallin, dont la forme sphérique facilite l’observation et l’évaluation des systèmes de visualisation en profondeur.

Le Dr Omar Hamad présente son projet de microscope innovant à notre journaliste © Ahmed Jubran

Photo de Une : Le Dr Omar Hamad © Ahmed Jubran