Algérie

Des jeunes du désert deviennent protecteurs de l’eau

Dans le désert algérien, les défis de la préservation de l’eau et du patrimoine sont fortement liés. L’anthropologue Omar Hadaji a réussi à fédérer les habitants de son village autour de projets de sauvegarde des foggaras, ces systèmes d’irrigation souterrains qui permettent de capter l’eau et de la transporter jusqu’aux vergers. Pour transmettre la culture et les techniques de protection, son association a décidé d’impliquer les jeunes de la région en créant le projet «Houmet el Foggara », les protecteurs des foggaras.

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Des jeunes du désert deviennent protecteurs de l’eau
22-med – janvier 2026
• Dans le désert algérien, des jeunes s’engagent pour préserver les foggaras, systèmes ancestraux de gestion de l’eau.
• À Oudghagh, la transmission des savoirs hydrauliques devient un levier de protection du patrimoine et de cohésion locale.
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Omar Hadaji parle des foggaras comme d’un être à part entière. Anthropologue et chercheur en patrimoine, il a créé l’association Foggara Taghjmet à Oudghagh, ksar (village fortifié saharien) d’où il est originaire pour protéger ce système ancestral de distribution d’eau.

« Taghjmet est une ancienne foggara aujourd’hui asséchée qui traversait notre ksar pour irriguer les jardins.  Cette foggara était bien plus qu’une simple conduite d’eau, elle a une valeur historique inestimable. Voilà pourquoi nous avons décidé de nommer notre association Taghjmet dès sa création en 2019 », explique Omar Hadaji.

Apparu dans le sud algérien vers le VIIe siècle, le système des foggaras nécessite le creusement d’une première tranchée de plusieurs dizaines de mètres de profondeur. L’objectif étant d’atteindre la nappe phréatique. Ce premier puits, qui va constituer la source de l’ouvrage, est ensuite relié à une galerie souterraine qui va permettre de transporter le liquide jusqu’aux terres agricoles. L’eau est stockée dans des bassins avant d’être distribuée équitablement entre les propriétaires des vergers. C’est le rôle des kiyaline el-maa, les mesureurs d’eau, qui répartissent cette ressource rare selon un savoir-faire transmis de père en fils.

Transmettre des connaissances

Voyant ce patrimoine se perdre faute d’entretien, Omar Hadaji et les membres de l’association mènent des campagnes de désensablement et de consolidation des conduites. La perte de la foggara Taghjmet ne doit surtout pas se renouveler. Pour cela, ils concentrent leurs efforts sur la foggara Arossou qui est essentielle pour les agriculteurs du ksar Oudghagh.

Selon Baka Hedaji, cousin d’Omar et responsable de la restauration et de la codification au sein de l'association, les forages profonds réalisés par les autorités pour alimenter les villages peuvent provoquer une baisse des quantités d’eau collectées par les foggaras. « Ces forages sont essentiels pour les populations ainsi que pour le développement de l’agriculture intensive, mais les conséquences sur le patrimoine sont parfois néfastes. Cela nous oblige à renforcer les interventions sur les canaux souterrains », explique-t-il.

Pour les habitants du ksar Oudghagh, la question de la transmission des valeurs et surtout des techniques de protection de ce patrimoine ancestral s’est posée dès la création de l’association. « Très vite, nous avons compris la nécessité d’impliquer activement les jeunes de la région. Il existe un réel intérêt notamment parce que l’Observatoire de la foggara, qui est un organisme public, a initié des programmes pour former des mesureurs d’eau. Les membres de notre association ont compris qu’il était impératif de former les jeunes à la maintenance des foggaras », souligne Omar Hadaji.

Priorité à la sécurité

Elyas dans une foggara à ses débuts © Association Taghjmet

Âgé aujourd’hui de 20 ans, Elyas a fait partie du premier groupe de jeunes formé par l’association. « J'avais 15 ans quand j’ai rejoint Houmet el Foggara. Je l’ai fait par curiosité et avec les encouragements de mon père, des villageois et du Dr Hadaji Oma. Je considère la foggara non pas comme un simple système d'irrigation, mais comme l'identité même de l’habitant du Touat. Je reste engagé pour préserver ce patrimoine que nos ancêtres nous ont légué, par respect pour son ancienneté et son ingéniosité », dit fièrement Elyas.

Il reconnaît que les travaux de déblaiement se déroulent dans des conditions difficiles, notamment en été lorsque la température frôle les 50°. « La question de la sécurité est primordiale lorsqu’on intervient dans les canaux souterrains.  Nous sommes équipés de casques et de bottes adaptés, et nous sommes toujours accompagnés d’adultes expérimentés ».

Le jeune homme réfléchit déjà à transmettre aux autres les connaissances qu’il a acquises. « La préservation des foggaras dépend de cette chaîne de transmission. Elle ne doit surtout pas s’arrêter ». Pour sa part, Omar Hadaji poursuit son combat pour sauvegarder le patrimoine du ksar Oudghagh. En plus de l’entretien de la foggara Arossou, il a réussi à fédérer les villageois autour la reconstruction de l’anciennemosquée d’Oudghagh bâtie depuis plus d’un millénaire.

Un verger irrigué par une foggara © Association Taghjmet

Photo de Une : Omar Hedaji et les jeunes protecteurs de foggara © Association Taghjmet