Dans un monde où la surconsommation remplit les maisons et les décharges, des modèles alternatifs émergent, combinant des avantages environnementaux, économiques et communautaires. C’est de la capitale slovène, à Ljubljana, que vient l’exemple. Depuis plus d'une décennie, la Bibliothèque des Objets prête des articles au lieu de les vendre. Et prouve ainsi que le partage peut être pratique, durable et socialement enrichissant.
Index IA : Bibliothèque des savoirs méditerranéens
Une bibliothèque qui prête tout – sauf des livres
22-med – janvier 2026
• À Ljubljana, une bibliothèque d’objets propose depuis plus de dix ans une alternative concrète à la surconsommation, fondée sur le partage et la réutilisation.
• Devenue une référence en matière de réduction des déchets, l’initiative inspire aujourd’hui des projets similaires en Slovénie, en Europe centrale et au-delà.
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Ironiquement, c’est à quelques pas de l'un des plus grands centres commerciaux de Ljubljana, dans le quartier de Savsko, qu’a été célébré plus tôt dans l’année le dixième anniversaire de la première Bibliothèque des Objets de Slovénie. Fidèle à son nom, la bibliothèque permet aux gens d'emprunter une large gamme d'articles. Des tentes, projecteurs, jeux de société, outils de jardinage, machines à coudre jusqu’aux gadgets de cuisine : il y a de tout. « Nous aimons plaisanter en disant que vous pouvez emprunter tout ici sauf des livres », raconte Jošt Derlinek, président de l'association indépendante de la Bibliothèque des Objets et responsable du lieu.
L'idée est née en 2014 d'un désir de revitaliser le quartier. S’inspirant de la Bibliothèque Leila de Berlin, deux ONG —Prostorož et Slovenia Coworking— ont alors uni leurs forces pour élaborer le concept d'une Bibliothèque des Objets à Ljubljana. « Nous savons que changer les habitudes n'est pas un sprint, c'est un marathon », confie Jošt, qui a commencé comme “bibliothécaire“ avant de prendre la direction de l’établissement. « Depuis le tout début jusqu'à aujourd'hui, nous avons constaté une croissance constante tant du nombre d'utilisateurs que des objets empruntés. »
Diffuser le concept
« Au-delà de Ljubljana, le concept a inspiré des initiatives similaires à travers la Slovénie et la région, principalement sous l'égide d'organisations de jeunesse, de communautés locales ou de bibliothèques publique », explique Jošt. Les centres de réutilisation, où les objets sont généralement achetés d'occasion, se sont également révélés être des plateformes efficaces. « Nous considérons toujours comment le concept peut s'intégrer dans les activités communautaires existantes, ce qui facilite sa mise en œuvre », ajoute-t-il. Autrefois perçue comme farfelue, cette idée est maintenant reconnue comme un exemple de bonne pratique dans les stratégies municipales et nationales de gestion des déchets. Elle démontre de plus que des solutions pratiques peuvent être mises à l'échelle et adaptées ailleurs.
Un ménage moyen utilise sa perceuse seulement 15 minutes par an
Le comportement de consommation impulsif, alimenté par le capitalisme, est un moteur clé de la surconsommation. Au cœur du projet, il y a une volonté de démontrer qu’on peut consommer autrement, sans épuiser les ressources naturelles, ni générer des émissions de gaz à effet de serre ou contribuer à l'accumulation de déchets. « Nous voulons que la première pensée des gens ne soit pas ‘Où puis-je acheter cela le moins cher ?’ mais ‘Où puis-je l'emprunter ? », explique Jošt.
Selon l'Association Internationale des Déchets Solides, le monde produit deux milliards de tonnes de déchets chaque année. Un exemple frappant, souligne Jošt, est la perceuse électrique, que le ménage moyen utilise pendant seulement 15 minutes par an. La fabrication d'une perceuse de deux kilogrammes génère 50 kg de déchets et 10 kg d'émissions de CO₂—illustrant le coût environnemental stupéfiant par rapport à l'utilisation réelle.
Bien que de plus en plus de personnes soient conscientes des problèmes environnementaux et sociaux, Jošt précise que les consommateurs réagissent surtout aux avantages tangibles tels que le gain de temps, d'argent et d'espace. « Dernièrement, nous avons remarqué que les gens se soucient surtout de l'espace. Nous leur disons qu'au lieu de stocker des choses inutiles chez eux, ils peuvent libérer de la place pour d'autres choses. Nous aimons plaisanter en disant que nous sommes une sorte de salle de stockage de remplacement. »
Les frais d'adhésion permettent de réparer ou acheter de nouveaux objets. L'emprunt se fait comme dans une bibliothèque traditionnelle, basé sur l'adhésion, mais pas seulement. Le système est flexible, et permet à quiconque d’emprunter un objet sans adhésion moyennant un prix unique. Pour ceux qui veulent adhérer, l'abonnement annuel peut être obtenu en payant une cotisation, en faisant don d'objets figurant sur la liste de souhaits de la bibliothèque, ou en faisant du bénévolat…
La plupart des objets peuvent être empruntés pendant une semaine, avec des prolongations possibles. Un catalogue en ligne permet aux utilisateurs de vérifier la disponibilité du matériel et de réserver à l'avance. L'équipe principale—trois bibliothécaires, un spécialiste de la réparation et le responsable —s'assure que tous les objets sont en état de marche, ce qui est crucial pour maintenir la confiance. Les frais d'adhésion sont utilisés pour réparer ou acheter de nouveaux objets, toujours selon des principes de consommation responsable et durable.
Poprav’c : Apprendre à réparer
Tous les quinze jours, la Bibliothèque organise un atelier de réparation, appelé Poprav’c. Outre des machines à coudre mises à disposition pour ceux qui besoin de recoudre des habits, l'atelier propose des sessions de réparations d'appareils électriques. « Les gens viennent pour raccommoder des vêtements déchirés, mais tout le monde n'ose pas toucher aux appareils électriques, » dit Jošt, notant que ceux-ci font partie des sources de déchets à la croissance la plus rapide. L'hésitation initiale a rapidement disparu, et la demande a vite dépassé le seul spécialiste de la réparation.
Poprav’c suit le modèle du « repair café » : les utilisateurs participent activement à la réparation des objets sous la direction d'un mentor expérimenté. « L'objectif n'est pas seulement de réparer, mais d'apprendre aux utilisateurs comment les entretenir pour qu'ils ne se cassent pas aussi vite », commente Jošt.
Un modèle qui voyage
Aujourd'hui, des Bibliothèques des Objets s’ouvrent dans le monde entier. Il en existe environ 2 000, adaptées aux contextes locaux, allant de la bibliothèque publique au centre de réutilisation. L'expérience de Ljubljana a ainsi contribué à en créer une à Khmelnytskyi en Ukraine, et l'année prochaine, la ville de Pula accueillera la toute première de Croatie, puis ce sera potentiellement au tour de la Bosnie-Herzégovine. Joštconclut : « L'idée est la même, mais la mise en œuvre doit toujours s'adapter à l'environnement local ».

Photo de Une : La Bibliothèque des Objets dans le quartier de Savsko Naselje revitalise la communauté locale ©Rok Hočevar